200693e Tour de France

Départ

Strasbourg (Bas-Rhin), 1er juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 23 juillet

Nombre d'équipes au départ

20

Nombre de coureurs au départ

176

Nombre de coureurs classés

139

Nombre d'étapes

20

Distance totale

3 657,1 km

Moyenne du vainqueur

40,580 km/h

Podium

1. Oscar Pereiro (équipe Caisse d'épargne-Îles Baléares, Espagne), 89 h 40 min 27 s 2. Andreas Klöden (équipe T-Mobile, Allemagne), à 32 s 3. Carlos Sastre (équipe C.S.C., Espagne), à 2 min 16 s.

Classement par points

Robbie McEwen (équipe Davitamon-Lotto, Australie)

Meilleur grimpeur

Michael Rasmussen (équipe Rabobank, Danemark)

Classement par équipes

T-Mobile

La course

Avec la retraite de l'Américain Lance Armstrong, cette quatre-vingt-treizième édition du Tour s'annonçait ouverte. Parmi les favoris, les noms les plus cités étaient ceux de l'Allemand Jan Ullrich, qui fut le plus sérieux rival de l'Américain, de l'Italien Ivan Basso, deuxième en 2005 et impressionnant vainqueur du Giro en 2006, et du Kazakh Alexandre Vinokourov. On se prenait également à rêver d'une nouvelle ère pour le cyclisme et le Tour, après des années de suspicion concernant, entre autres, les performances hors norme du Texan. Mais, le 23 mai 2006, la police espagnole perquisitionne le domicile du docteur Eufemiano Fuentes à Madrid : une nouvelle affaire de dopage – impliquant cinquante personnes – est mise au jour. La justice espagnole autorise la levée du secret de l'instruction, et les rumeurs se confirment. La veille du départ de la Grande Boucle, tous les noms des coureurs et dirigeants apparaissent dans cette affaire sont donc rendus publics. Parmi eux, les deux favoris du Tour, Jan Ullrich et Ivan Basso, ainsi que l'Espagnol Francisco Mancebo, quatrième en 2005, et cinq coureurs de l'équipe Astana-Würth, coéquipiers d'Alexandre Vinokourov. Conformément à ce qu'ils avaient indiqué, les groupes sportifs excluent eux-mêmes ces coureurs. Si le nom d'Alexandre Vinokourov n'apparaît pas dans cette « opération Puerto », son équipe, réduite à quatre éléments, n'est pas autorisée à prendre le départ. Treize coureurs sont donc exclus du Tour de France avant même son départ. Lance Armstrong à la retraite, Jan Ullrich, Ivan Basso, Francisco Mancebo et Alexandre Vinokourov exclus : les cinq premiers de l'édition 2005 ne participeront donc pas au Tour de France 2006.

Le Norvégien Thor Hushovd remporte le prologue. Durant la première semaine, les sprinters se distinguent, notamment l'Australien Robbie McEwen, qui s'adjuge trois étapes. Les prétendants à la victoire ont un premier rendez-vous : le contre-la-montre entre Saint-Grégoire et Rennes (septième étape, 52 km). La victoire revient au surprenant vétéran ukrainien Serhiy Honchar, qui endosse le maillot jaune. L'Américain Floyd Landis, deuxième à 1 min 1 s, est parvenu à tirer son épingle du jeu, tandis que son compatriote Levi Leipheimer, qui concède 6 min 6 s à l'Ukrainien, s'est écroulé. Le peloton aborde les Pyrénées lors de la dixième étape (Cambo-les-Bains - Pau, 190,5 km) : à l'issue d'une échappée, l'Espagnol Juan Miguel Mercado s'impose, devant le Français Cyrille Dessel, qui revêt le maillot jaune. L'explication entre leaders a lieu le lendemain, entre Tarbes et Pla-de-Beret (211,5 km) : le Russe Denis Menchov s'impose, Floyd Landis endosse le maillot jaune, tandis que l'Allemand Andreas Klöden (neuvième à 1 min 31 s) déçoit.

Le Tour connaît un épisode peu banal lors de la treizième étape (Béziers-Montélimar, 230 km). Cinq hommes prennent les devants ; leur avance croît. Floyd Landis, qui estime que sa formation Phonak est trop faible pour assumer le poids de la course, demande à ses coéquipiers de ne pas assurer la poursuite : à l'arrivée, l'Allemand Jens Voigt remporte l'étape, devant l'Espagnol Oscar Peirero... qui revêt le maillot jaune, car le peloton se présente 29 min 57 s après les fuyards ! Floyd Landis, désormais deuxième à 1 min 29 s, déclare qu'il s'agit d'une manœuvre délibérée.

La quinzième étape (Gap - L'Alpe-d'Huez, 187 km) voit la victoire du Luxembourgeois Frank Schleck à l'issue d'une échappée. Les favoris s'expliquent dans les célèbres vingt et un lacets de la montée finale : Andreas Klöden force l'allure, Floyd Landis parvient à le suivre facilement, mais refuse de collaborer avec celui qu'il considère comme son adversaire le plus redoutable ; Oscar Peirero, surprenant, ne concède que 1 min 39 s aux deux hommes. Il doit cependant céder son maillot jaune à l'Américain pour 10 s. Le lendemain, la grande étape des Alpes conduit les coureurs du Bourg-d'Oisans à La Toussuire (182 km), par les cols du Galibier et de la Croix-de-Fer. Dès le départ, le Danois Michael Rasmussen prend les devants. Il passe en tête au sommet de tous les cols, s'assurant le maillot à pois de meilleur grimpeur, et s'adjuge la victoire. Dès le début de la montée vers La Toussuire, l'Espagnol Carlos Sastre accélère. À 11 kilomètres de l'arrivée, l'incroyable se produit : Floyd Landis, qui gérait en comptable ce Tour de France, connaît une terrible défaillance. En 11 kilomètres, il concède 10 min 4 s au vainqueur. Ses espoirs de succès final se sont, pense-t-on, définitivement envolés : il est désormais onzième, à 8 min 8 s d'Oscar Peirero, qui retrouve le maillot jaune. Dans la caravane, on commence à se demander si les prétendants déclarés au succès dans la Grande Boucle ne vont pas bientôt se mordre les doigts d'avoir « offert » près d'une demi-heure de « bonus » à ce second couteau entre Béziers et Montélimar... Le Tour pourrait bien se jouer le lendemain, dans la dernière étape alpestre, entre Saint-Jean-de-Maurienne et Morzine (200 km). Moribond la veille, Floyd Landis se lance dans un baroud d'honneur, en attaquant dès le pied du col des Saisies. L'équipe du maillot jaune, Caisse d'épargne-Îles Baléares, n'est pas suffisamment forte pour assurer un tempo soutenu. Les T-Mobile d'Andreas Klöden et les C.S.C. de Carlos Sastre refusent d'engager la chasse. Landis accroît son avance, qui va dépasser les 9 minutes. Chacun pense néanmoins que l'Américain va payer ses efforts dans le dernier col du Tour, Joux-Plane, quand la bagarre entre leaders va s'engager. Or il n'en est rien. Carlos Sastre, qui a attaqué dès le pied de ce col, se rapproche certes de Landis, mais il termine à 5 min 42 s de celui-ci, alors que le maillot jaune concède 7 min 8 s. On s'extasie devant la performance de Landis, capable de se remettre d'une défaillance et de se replacer au classement général – on évoque même Charly Gaul (1958) ou Eddy Merckx (1971) ! De fait, Landis, dont les qualités de rouleur sont connues, fait de nouveau figure de favori. Oscar Peirero est toujours maillot jaune, devant Carlos Sastre (à 12 s) et Floyd Landis (à 30 s).

À la veille du dernier contre-la-montre du Tour, jamais l'écart entre les trois premiers n'avait été aussi réduit depuis 1968, année du succès du Néerlandais Jan Janssen. Cette épreuve de vérité se déroule sur 57 kilomètres, entre Le Creusot et Montceau-les-Mines (dix-neuvième étape). L'Ukrainien Serhiy Honchar s'impose, mais on se concentre sur la lutte pour le maillot jaune. Alors que Carlos Sastre est rapidement hors du jeu, Floyd Landis a refait son retard sur Oscar Peirero après 24 kilomètres. Le Tour est joué. Peirero lutte désormais avec Andreas Klöden pour conserver sa deuxième place. Il y parvient.

Floyd Landis remporte donc le Tour de France, avec 57 s d'avance sur Oscar Peirero et 1 min 29 s sur Andreas Klöden. Lassée par les sept victoires « robotisées » de Lance Armstrong, la presse se réjouit du déroulement de ce Tour de France plein d'inattendu, mêlant stratégies à l'ancienne, coups de bluff, défaillances, panache, suspense... Le 23 juillet, chacun vante les mérites de Floyd Landis, ancien « porteur d'eau » d'Armstrong ; on évoque un champion à visage humain... On n'ose pas encore parler d'un Tour disputé « à l'eau claire », mais on se remet à croire en un « nouveau cyclisme »... Le 27 juillet, tout s'écroule : les dirigeants de l'équipe Phonak, avertis par l'U.C.I., annoncent que Floyd Landis a été contrôlé positif à la testostérone à l'arrivée de l'étape de Morzine, celle de son échappée belle...

Plusieurs mois après la fin du Tour, Floyd Landis, usant de toutes les procédures, n'était toujours pas officiellement déclassé. Il ne sera définitivement que le 30 juin 2008. Quant à Oscar Peirero, le vainqueur potentiel, on a appris en janvier 2007 qu'il avait été contrôlé positif au stabutamol. Mais il justifiait d'une autorisation thérapeutique, car, comme de nombreux cyclistes, il souffre curieusement d'asthme... Son cas ne relève donc pas du dopage.

Le cyclisme cette année-là

Tom Boonen (Belgique) remporte le Tour des Flandres (pour la seconde fois consécutivement).

Fabian Cancellara (Suisse) gagne Paris-Roubaix et est champion du monde du contre-la-montre.

Alejandro Valverde (Espagne) s'adjuge Liège-Bastogne-Liège, la Flèche wallonne et est lauréat de l'U.C.I. Pro Tour.

Ivan Basso (Italie) remporte le Giro.

Alexandre Vinokourov (Kazakhstan) gagne la Vuelta.

Frédéric Guesdon (France) s'adjuge Paris-Tours.

Sur le circuit de Salzbourg (Autriche), Paolo Bettini (Italie) devient champion du monde sur route. Il remporte également le Tour de Lombardie.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2006 - 93e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/2006-93e-tour-de-france/