200592e Tour de France

Départ

Fromentine (Vendée), 2 juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 24 juillet

Nombre d'équipes au départ

21

Nombre de coureurs au départ

189

Nombre de coureurs classés

155

Nombre d'étapes

21

Distance totale

3 608 km

Moyenne du vainqueur

41,654 km/h (moyenne de Lance Armstrong)

Podium

1. Pas de vainqueur (Lance Armstrong, équipe Discovery Channel, États-Unis, premier en 86 h 15 min 2 s, a été disqualifié en 2012 et sa victoire n’a pas été réattribuée) 2.  Ivan Basso (équipe C.S.C., Italie), à 4 min 40 s 3. Jan Ullrich (équipe T-Mobile, Allemagne), à 6 min 21 s

Classement par points

Thor Hushovd (équipe Crédit agricole, Norvège)

Meilleur grimpeur

Michael Rasmussen (équipe Rabobank, Danemark)

Classement par équipes

T-Mobile

La course

Le premier événement important de la quatre-vingt-douzième édition du Tour de France se déroule... le 18 avril 2005 à Augusta (Georgie). Ce jour-là, l'Américain Lance Armstrong annonce qu'il mettra un terme à sa carrière de coureur cycliste professionnel le 24 juillet 2005, au soir de la dernière étape de la Grande Boucle, quel que soit son résultat. En 2004, contrairement à tous ses prédécesseurs, il avait réussi à remporter un sixième Tour de France. Il se propose de relever un dernier défi : se retirer sur une prestigieuse victoire, quand Jacques Anquetil fit ses adieux en novembre 1969 sur une piste de Charleroi, dans l'anonymat, Eddy Merckx raccrocha sa bicyclette le 19 mars 1978, à l'arrivée de la modeste kermesse de Kemzeke, Bernard Hinault quitta le peloton en 1986 à l'issue du Championnat du monde dont il prit la cinquante-neuvième place, Miguel Indurain s'éclipsa en septembre 1996 en abandonnant la Vuelta.

L'Allemand Jan Ullrich se présente encore comme le plus sérieux adversaire d'Armstrong, d'autant qu'il est épaulé au sein de l'équipe T-Mobile par son compatriote Andreas Klöden (deuxième du Tour en 2004) et par le Kazakh Alexandre Vinokourov (troisième en 2003). Contrairement à l'habitude, le Tour ne débute pas par un prologue (dont la distance ne doit pas dépasser 8 km), mais par un court contre-la-montre de 19 kilomètres entre Fromentine et Noirmoutier-en-l'Île. Le Tour commence en fait par un coup de tonnerre : après 16 kilomètres, Lance Armstrong rejoint Jan Ullrich, parti 1 minute avant lui ! Si l'Américain David Zabriskie remporte l'étape (avec 2 s d'avance sur Lance Armstrong), l'image d'Armstrong « avalant » Ullrich (finalement onzième à 1 min 8 s) fait penser qu'une nouvelle fois le suspense ne sera pas au rendez-vous de la Grande Boucle.

Comme souvent, la première semaine est l'affaire des sprinters (le Belge Tom Boonen remporte les deuxième et troisième étapes ; l'Australien Robbie McEwen s'adjuge les cinquième et septième). Lors du contre-la-montre par équipes (quatrième étape, Tours-Blois, 67,5 km), la formation Discovery Channel s'impose, et Lance Armstrong endosse le maillot jaune. Il le cède à l'Allemand Jens Voigt à l'issue de la neuvième étape (Gérardmer-Mulhouse, 171 km), marquée par la longue échappée du Danois Michael Rasmussen qui tisse déjà, à la manière du Français Richard Virenque les années précédentes, son maillot à pois de meilleur grimpeur.

Le peloton aborde la haute montagne dans la dixième étape (Grenoble-Courchevel, 192,5 km). L'« armada » Discovery Channel force l'allure dès le pied de la montée finale et, selon un scénario habituel, Lance Armstrong distance ses principaux rivaux lors de cette première arrivée en altitude : l'Italien Ivan Basso lui cède 1 min 2 s, Jan Ullrich, 2 min 14 s, Alexandre Vinokourov, 5 min 18 s. Néanmoins, Lance Armstrong se voit devancé au sprint par le jeune Espagnol Alejandro Valverde. L'Américain a cependant la mainmise sur la course. La douzième étape (Briançon-Digne, 187 km par la Madeleine et le Galibier) voit une échappée pleine de panache d'Alexandre Vinokourov ; mais celle-ci ne s'avère guère productive (il ne reprend qu'1 min 15 s à Lance Armstrong).

Dans les Pyrénées, Lance Armstrong contrôle aisément la course. Son étonnant compatriote et fidèle équipier George Hincapie s'adjuge même l'étape considérée comme la plus difficile du Tour (quinzième étape, Lézat-sur-Lèze - Saint-Lary-Soulan, 205,5 km, avec au programme quatre cols de première catégorie et la montée finale, classée hors catégorie). Un tel succès provoque le malaise : de nombreux observateurs s'étonnent qu'un coureur de son gabarit, capable de viser la victoire dans Paris-Roubaix (il s'est classé deuxième de l'épreuve en 2005, devancé au sprint par Tom Boonen), puisse remporter ce type d'étape...

Toujours est-il que Lance Armstrong n'a jamais été inquiété par ses concurrents. La veille de l'arrivée, la vingtième étape est un contre-la-montre de 55,5 kilomètres autour de Saint-Étienne. Si Jan Ullrich a là l'occasion de ravir la troisième place à Michael Rasmussen, Lance Armstrong tient fermement à s'imposer. En effet, il a construit sans grande difficulté son septième succès dans la Grande Boucle, mais il n'a encore remporté aucune étape ; il ne voudrait pas être le premier champion à gagner le Tour sans avoir obtenu la moindre victoire d'étape depuis 1990, quand son compatriote Greg LeMond s'était imposé de la sorte. Il remporte finalement sa vingt-deuxième étape sur la Grande Boucle, malgré la résistance de Jan Ullrich (deuxième à 23 s), qui montera sur le podium car Michael Rasmussen, victime de deux chutes et d'ennuis mécaniques, s'est écroulé (il termine à 7 min 47 s d'Armstrong). Sur les Champs-Élysées, Alexandre Vinokourov obtient une victoire de prestige en surprenant les sprinters.

Lance Armstrong remporte donc le Tour de France pour la septième fois consécutivement, sans trembler mais sans grande émotion. Sur le podium des Champs-Élysées, il s'adresse, un brin désabusé, au public et aux médias et croit devoir en quelque sorte justifier son écrasante domination : « ... Je voudrais adresser un message aux gens qui ne croient pas au cyclisme, aux cyniques, aux sceptiques, je suis navré qu'ils ne croient pas au miracle, au rêve. »

Lance Armstrong quitte donc le peloton dans un certain malaise. En effet, s'il présente le plus beau palmarès sur la Grande Boucle, il n'a pu ni lever le voile de suspicion qui entoure ses performances, ni gagner le cœur du public. Pourquoi une telle méfiance ? Lance Armstrong a vaincu le cancer et il semblait impossible qu'il puisse remporter le Tour de France. Or il le gagna pour la première fois en 1999, l'année qui suivit l'affaire Festina : dès lors, il était évident que la suite de sa carrière serait empreinte d'une rumeur de dopage. Rappelons sur ce point que Lance Armstrong a subi de multiples contrôles antidopage, tous négatifs. Néanmoins, des analyses a posteriori prouveraient, selon des informations sérieusement étayées publiées par le quotidien L'Équipe le 23 août 2005, que Lance Armstrong aurait eu recours à l'EPO (indétectable à l'époque) lors du Tour de France 1999. Pourquoi n'a-t-il pas pu gagner le cœur du public ? D'abord, cela ne représentait pas pour lui un véritable objectif. De plus, quand un sportif domine trop son époque, une lassitude s'installe immanquablement. Enfin, contrairement à tous les plus grands champions de l'histoire de la Grande Boucle, il ne connut jamais la défaillance.

L'Américain eut aussi la « malchance » de ne pas avoir d'adversaire à sa hauteur. Seul Jan Ullrich prétendait vouloir le battre, et il ne fut jamais – sauf en 2003 – en mesure de justifier ses ambitions. Rappelons par exemple que, pour remporter par cinq fois la Grande Boucle, Jacques Anquetil dut bien sûr se mesurer à Raymond Poulidor, dans une opposition divisant la France entre « anquetiliens » et « poulidoristes », mais aussi aux Français Louison Bobet et Roger Rivière, au Luxembourgeois Charly Gaul, à l'Espagnol Federico Bahamontes, qu'Eddy Merckx trouva contre lui l'Espagnol Luis Ocaña, l'Italien Felice Gimondi, les Français Roger Pingeon, Raymond Poulidor, puis Bernard Thévenet, le Néerlandais Joop Zoetemelk, le Belge Lucien Van Impe, que Bernard Hinault eut à affronter Joop Zoetemelk, puis le Français Laurent Fignon et l'Américain Greg LeMond...

En octobre 2012, à la suite du rapport de l’Agence américaine antidopage (Usada) démontrant que Lance Armstrong s’était dopé, l’Américain sera disqualifié par l’U.C.I. et sa victoire ne sera pas réattribuée.

Le cyclisme cette année-là

Tom Boonen (Belgique) réalise le doublé Tour des Flandres - Paris-Roubaix, et, sur le circuit de Madrid, devient champion du monde sur route.

Paolo Savoldelli (Italie) remporte le Giro.

Roberto Heras (Espagne), vainqueur sur la route de la Vuelta, est contrôlé positif à l'EPO et sera déclassé. La victoire revient au Russe Denis Menchov.

Ondrej Sosenka (République tchèque) bat le record de l'heure (49,700 km).

Danilo Di Luca (Italie) remporte la première édition de l'U.C.I. Pro Tour, classement destiné à distinguer le meilleur coureur de l'année.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2005 - 92e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juillet 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/2005-92e-tour-de-france/