200390e Tour de France

Départ

Paris, 5 juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 27 juillet

Nombre d'équipes au départ

21

Nombre de coureurs au départ

189

Nombre de coureurs classés

147

Nombre d'étapes

20

Distance totale

3 426,5 km

Moyenne du vainqueur

40,940 km/h (moyenne de Lance Armstrong)

Podium

1. Pas de vainqueur (Lance Armstrong, équipe U.S. Postal, États-Unis, premier en 83 h 41 min 12 s, a été disqualifié en 2012 et sa victoire n’a pas été réattribuée) 2. Jan Ullrich (équipe Bianchi, Allemagne), à 1 min 1 s 3. Alexandre Vinokourov (équipe Telekom, Kazakhstan), à 4 min 14 s

Classement par points

Baden Cooke (équipe FDJeux.com, Australie)

Meilleur grimpeur

Richard Virenque (équipe Quick Step-Davitamon, France)

Classement par équipes

C.S.C.

La course

Le Tour de France célèbre en 2003 le centenaire de sa création. L'occasion est belle de réaffirmer le dynamisme d'une épreuve discréditée en 1998 par l'affaire Festina, dont les stigmates semblent s'effacer peu à peu. Les organisateurs ont tracé un parcours empruntant les villes-étapes de la première édition (Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes) et les hauts lieux où s'est forgée la légende des « Géants de la route » (Galibier, L'Alpe-d'Huez, Izoard, Tourmalet, Luz-Ardiden). De nombreuses manifestations commémoratives sont prévues : inauguration de la plaque du Centenaire devant le café Le Réveil-Matin à Montgeron – l'endroit d'où s'élancèrent, le 1er juillet 1903, soixante pionniers pour un périple de 2 428 kilomètres –, présentation de tous les anciens vainqueurs encore en vie avant le départ (le Suisse Ferdi Kubller étant leur doyen), hommages divers (à Henri Desgrange, Géo Lefèvre, Jacques Goddet...).

L'Américain Lance Armstrong fait un indiscutable favori de l'épreuve. On voit mal qui pourrait contester la domination sans partage qu'il exerce sur la Grande Boucle depuis 1999. Certes, l'Allemand Jan Ullrich se trouve de nouveau au départ. Mais il est resté éloigné du peloton durant quinze mois et, de son propre aveu, ses ambitions sont modestes : il les limite à une victoire d'étape et souhaite avant tout retrouver de bonnes sensations. Le vainqueur du Giro, l'Italien Gilberto Simoni, a bien annoncé qu'il défierait Lance Armstrong. Mais, depuis plusieurs années, un vainqueur du Tour d'Italie ne se transforme pas automatiquement en candidat au succès dans le Tour de France (Simoni se classera finalement quatre-vingt-quatrième, à 2 h 35 min 47 s du vainqueur).

L'Australien Bradley McGee remporte le prologue – disputé dans Paris intra-muros –, en devançant de 8 centièmes de secondes le Britannique David Millar, victime d'un incident mécanique. La première semaine est l'affaire des sprinters, notamment de l'Italien Alessandro Petacchi, qui s'octroie quatre succès. La quatrième étape (Joinville - Saint-Dizier, 69 km contre la montre par équipes) est remportée par la formation U.S. Postal, ce qui ravit Lance Armstrong, qui n'était jamais parvenu à gagner une étape disputée selon cette formule, et son coéquipier Victor Hugo Pena, qui devient le premier Colombien à porter le maillot jaune. À l'occasion de la première étape de montagne (septième étape, Lyon - Morzine-Avoriaz, 230,5 km), le Français Richard Virenque l'emporte à l'issue d'une longue échappée et revêt le maillot jaune. Le lendemain, la grande étape des Alpes conduit les coureurs de Sallanches à L'Alpe-d'Huez (219 km, avec le Galibier au programme). Fidèle à ses habitudes, Lance Armstrong demande à ses équipiers de forcer l'allure dès le pied de la montée finale et passe à l'offensive ; mais il se voit contré par le grimpeur espagnol Iban Mayo, qui le devance de 2 min 12 s au sommet – un échec surprenant, même si Armstrong ravit le maillot jaune à Richard Virenque.

Le lendemain, lors de la neuvième étape (Bourg-d'Oisans - Gap, 184,5 km), le Kazakh Alexandre Vinokourov distance l'Américain et s'impose. Dans la descente de la côte de la Rochette, l'Espagnol Joseba Beloki, qui semblait cette année vouloir sortir de son attentisme et ne pas se contenter d'une place sur le podium, chute. Il se voit contraint à l'abandon alors que Lance Armstrong, qui le suivait, l'évite grâce à un étonnant réflexe.

Lance Armstrong, qui n'est donc pas parvenu à laminer la concurrence dans les Alpes, se voit offrir une nouvelle opportunité : il compte affirmer sa domination à l'occasion du premier grand contre la montre individuel (douzième étape, Gaillac-Cap Découverte, 47 km). Mais, déshydraté en raison de la canicule, il connaît une nouvelle désillusion : Jan Ullrich s'impose nettement, reléguant Armstrong à 1 min 36 s. Pour beaucoup, l'Allemand, revenu à 34 secondes de l'Américain au classement général, se pose désormais en favori de l'épreuve, d'autant qu'il grignote encore 19 secondes le lendemain (Toulouse-Ax 3 Domaines, 197,5 km).

De manière intelligente, Lance Armstrong va laisser Jan Ullrich assumer un rôle de leader du Tour, alors que l'Allemand ne porte pas le maillot jaune. Jan Ullrich commet notamment l'erreur d'assurer la poursuite derrière Alexandre Vinokourov, qui s'est échappé le lendemain (Saint-Girons - Loudenvielle, 191,5 km) dans le col de Peyresourde. Toujours est-il que, au départ de la dernière grande étape pyrénéenne (quinzième étape, Bagnères-de-Bigorre - Luz-Ardiden, 159,5 km), Armstrong, Ullrich et Vinokourov se tiennent en 18 secondes au classement général. Dans le Tourmalet, Jan Ullrich accélère ; un moment décroché, Lance Armstrong revient sans s'affoler ; Alexandre Vinokourov se trouve en grande difficulté. Dès le pied de la montée finale, Lance Armstrong force l'allure ; il est victime d'une chute qui semble décupler ses forces ; il rejoint rapidement les favoris – Jan Ullrich, très fair-play, a coupé son effort et attendu son rival –, démarre de nouveau, semble s'envoler et va remporter l'étape. Néanmoins, Jan Ullrich est parvenu à limiter l'écart avec l'Américain (40 s), alors qu'Alexandre Vinokourov a cédé 2 min 7 s, voyant ses espoirs de victoire finale s'envoler.

La dix-neuvième et avant-dernière étape (Pornic-Nantes, 49 km contre la montre) va donc départager les deux protagonistes. Certains pensent encore – en référence au précédent contre la montre – que Jan Ullrich, qui ne se trouve distancé que d'1 min 5 s au classement général, peut remporter la Grande Boucle. Mais les conditions atmosphériques ne sont pas favorables à ses desseins : un vent violent s'est levé et souffle dans le dos des coureurs, ce qui nivelle les valeurs et réduit donc les écarts potentiels ; une pluie diluvienne s'abat sur le Tour. De plus, Lance Armstrong, en grand professionnel, a minutieusement reconnu le parcours au printemps, puis le matin même, alors que Jan Ullrich n'a pas pris de semblables précautions et va devoir se lancer sans repères. Les deux hommes font longtemps jeu égal, prennent de grands risques sous la pluie ; Jan Ullrich s'octroie un léger avantage ; à 10 kilomètres du but, il chute (mais, s'il pouvait encore prétendre remporter l'étape, il ne se trouvait plus en mesure de s'emparer du maillot jaune) ; dès lors, Lance Armstrong réduit nettement son allure et ne se classe que troisième, à 14 secondes du Britannique David Millar. Mais il a assuré sa victoire dans le Tour.

La dernière étape (Ville-d'Avray - Paris) voit la victoire du Français Jean-Patrick Nazon, alors que l'Australien Baden Cooke, arrivé deuxième, ravit le maillot vert à son compatriote Robbie McEwen.

Lance Armstrong rejoint donc les Français Jacques Anquetil et Bernard Hinault, le Belge Eddy Merckx et l'Espagnol Miguel Indurain dans le cercle des quintuples vainqueurs de la Grande Boucle. Son dernier succès fut le plus difficile, mais aussi le plus beau. Ce Tour du centenaire fut l'un des plus palpitants (l'écart entre le vainqueur et son dauphin est le plus faible depuis 1989, quand l'Américain Greg LeMond avait devancé le Français Laurent Fignon de 8 s). La parade du Centenaire retraçant l'histoire du Tour de France en douze tableaux sur les Champs-Élysées peut commencer...

En octobre 2012, à la suite du rapport de l’Agence américaine antidopage (Usada) démontrant que Lance Armstrong s’était dopé, l’Américain sera disqualifié par l’U.C.I. et sa victoire ne sera pas réattribuée.

Le cyclisme cette année-là

Andreï Kivilev (Kazakhstan) se tue lors d'une chute dans Paris-Nice : l'U.C.I. rend le port du casque obligatoire.

Paolo Bettini (Italie), vainqueur de Milan-San Remo, de la Classique de Hambourg et de la Clásica San Sebastián, remporte la Coupe du monde.

Peter Van Petegem (Belgique) gagne le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, réalisant un doublé inédit depuis 1977, quand Roger De Vlaeminck (Belgique) avait réalisé la même performance.

Roberto Heras (Espagne) remporte la Vuelta.

Sur le circuit d'Hamilton (Canada), Igor Astarloa (Espagne) est couronné champion du monde sur route.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2003 - 90e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/2003-90e-tour-de-france/