198976e Tour de France

Départ

Luxembourg, 1er juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 23 juillet

Nombre d'équipes au départ

22

Nombre de coureurs au départ

198

Nombre de coureurs classés

138

Nombre d'étapes

21

Distance totale

3 285 km

Moyenne du vainqueur

37,487 km/h

Podium

1. Greg LeMond (équipe A.D.R.-Agrigel, États-Unis), 87 h 38 min 35 s 2. Laurent Fignon (équipe Système U, France), à 8 s 3. Pedro Delgado (équipe Reynolds, Espagne), à 3 min 34 s

Classement par points

Sean Kelly (équipe P.D.M., Irlande)

Meilleur grimpeur

Gert Jan Theunisse (équipe P.D.M., Pays-Bas)

Classement par équipes

P.D.M.

La course

Un nouveau directeur a été nommé à la tête du Tour de France : Jean-Marie-Leblanc. Pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française, les organisateurs proposent une innovation qui aura son importance : la dernière étape, habituellement disputée en ligne, est remplacée par une épreuve contre la montre de 24,5 km entre Versailles et les Champs-Élysées, afin de permettre aux spectateurs de profiter plus longtemps du spectacle.

Le Français Laurent Fignon vient de remporter le Giro, et s'inscrit donc de nouveau parmi les favoris. L'Américain Greg LeMond a terminé ce même Giro dans les profondeurs du classement, mais a montré un net regain de forme vers la fin de l'épreuve. Néanmoins, les faveurs des pronostics vont au tenant du titre, l'Espagnol Pedro Delgado.

Le prologue est l'occasion d'un premier coup de théâtre : Pedro Delgado se présente au départ avec un retard de 2 min 40 s sur l'horaire prévu, une incroyable erreur d'inattention. Lors de la deuxième étape (un circuit contre la montre par équipes de 46 km autour de Luxembourg), remportée par les Super U de Laurent Fignon, la formation Reynolds de Delgado concède 4 min 32 s : en deux jours, le vainqueur controversé de l'édition précédente a déjà perdu 7 minutes !

La cinquième étape propose un contre la montre de 73 km entre Dinard et Rennes : au départ, Greg LeMond se présente sur un vélo équipé d'un guidon de triathlète, qui procure un meilleur aérodynamisme à sa machine ; le règlement étant muet sur ce sujet, les organisateurs l'autorisent à l'utiliser ; l'Américain remporte l'étape devant Delgado (à 24 s) et Fignon (à 57 s), et endosse le maillot jaune avec 5 secondes d'avance sur Laurent Fignon.

Lors de la dixième étape (Cauterets-Superbagnères, 136 km), Pedro Delgado, deuxième derrière le Britannique Robert Millar, reprend quelque 3 minutes à Laurent Fignon et Greg LeMond ; en vue de l'arrivée, le Français est néanmoins parvenu à distancer l'Américain de 12 secondes et retrouve le maillot jaune. La quinzième étape (Gap - Orcières-Merlette, 39 km contre la montre) voit le succès du Néerlandais Steven Rooks ; LeMond n'a concédé que 57 secondes, alors que Fignon se classe à 1 min 44 s du vainqueur ; l'Américain retrouve le maillot jaune, avec 40 secondes d'avance sur le Français. Le surlendemain, entre Gap et Briançon (seizième étape, 175 km), l'Américain augmente son crédit par rapport au Français de 13 secondes.

La dix-septième étape conduit les coureurs de Briançon à L'Alpe-d'Huez (165 km). À 3 kilomètres de l'arrivée, Laurent Fignon accélère, décroche Pedro Delgado et Greg LeMond : il distance l'Américain d'1 min 19 s et, pour 26 secondes, retrouve le maillot jaune. Le lendemain, entre Bourg-d'Oisans et Villard-de-Lans (dix-huitième étape, 91,5 km), Laurent Fignon démarre à 26 kilomètres de l'arrivée, remporte l'étape, et ajoute 24 secondes à son crédit par rapport à Greg LeMond, qui se trouve désormais à 50 secondes. Au cours de la dix-neuvième étape (Villard-de-Lans - Aix-les-Bains, 125 km), Laurent Fignon tente en vain de distancer Greg LeMond dans la Chartreuse, l'Américain parvenant même à s'imposer au sprint.

La dernière étape (Versailles-Paris, 24,5 km contre la montre, donc) va tout bouleverser. Depuis deux jours, Laurent Fignon souffre d'une inflammation à l'entrejambes ; de plus, le guidon de triathlète qui équipe le vélo de Greg LeMond lui procure un indéniable avantage lors de l'exercice de l'effort solitaire. À 13 kilomètres de l'arrivée, LeMond possède déjà 21 secondes d'avance sur Fignon ; à 6 kilomètres du but, l'écart est de 35 secondes et augmente inexorablement ; quand Laurent Fignon pénètre sur les Champs-Élysées, son retard est de 45 secondes ; il reste encore 3 kilomètres ; sur la ligne d'arrivée, ce retard se monte à 58 secondes. Pour 8 secondes, Greg LeMond remporte le Tour de France : l'équivalent d'un écart de 82 mètres après 3 285 kilomètres de course !

Le cyclisme cette année-là

Création de la Coupe du monde : victoire de Sean Kelly (Irlande). Il a notamment remporté Liège-Bastogne-Liège.

Miguel Indurain (Espagne) gagne Paris-Nice.

Laurent Fignon (France) remporte Milan-San Remo (pour la seconde fois consécutivement), le Giro et le Grand Prix des nations. Il n'est pas autorisé à prendre le départ du grand Prix Eddy-Merckx, une course contre la montre, car son vélo est équipé d'un guidon de triathlète...

Pedro Delgado (Espagne) gagne la Vuelta.

À Chambéry (France) Greg LeMond (États-Unis) est champion du monde sur route pour la seconde fois.

Tony Rominger (Suisse) gagne le Tour de Lombardie.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

Classification

Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 1989 - 76e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/1989-76e-tour-de-france/