Dernier roi de Piémont, premier souverain de l'État unitaire, Victor-Emmanuel de Savoie a été placé par l'historiographie officielle de la monarchie au rang des « pères de la patrie ». Parmi les artisans du Risorgimento, c'est sans doute celui dont la personne et l'action ont subi la révision critique la plus approfondie.
Né à Turin, fils de Charles-Albert de Savoie-Carignan, le héros tourmenté du premier Risorgimento, il présente avec son père le plus grand contraste physique et moral. Pendant son adolescence, il est tenu à l'écart des affaires de l'État et élevé dans l'ambiance cléricale et militaire de la cour. Il montre très peu d'inclination pour l'étude et, lorsque la défaite de Novare le porte sur le trône le 23 mars 1849, son inexpérience du pouvoir est totale. Dès cette époque, Victor-Emmanuel II affirme les traits de sa personnalité. Les uns sont sympathiques et lui vaudront une large popularité : une carrure robuste, avec sa face barrée d'énormes moustaches ; une grande simplicité de manières ; le goût des exercices violents, comme la chasse en montagne. C'est, avant tout, un soldat à la bravoure physique indéniable, conscient de son rang et de l'ancienneté de s […]
