Personnage complexe, le Florentin Sylvano Bussotti, né le 1er octobre 1931, après avoir été violoniste prodige, est tout à la fois metteur en scène, costumier, habilleur, musicien, récitant. Il est aussi compositeur. Sans doute est-il essentiellement un homme de théâtre... qui se projette avec violence dans sa création musicale par besoin de libérer ses propres phantasmes. Il a été directeur artistique de la Fenice de Venise de 1975 à 1977, et sa mise en scène de Tosca à Vérone, en 1984, est célèbre.
La création chez Bussotti se vit d'abord dans la passion, la violence, la force de projection et le corps à corps de la connaissance érotique : « J'approche la musique d'une façon très sexuelle », dit-il. « Je crois qu'une musique en tant que telle doit être aussi sexuelle que possible, sinon ce n'est pas de la musique. » Il revendique, contre tout emploi systématique des procédés et contre toute conceptualisation de la musique, le rôle prépondérant de l'instinct.
C'est du reste ce chemin qui — loin des écoles qu'il n'a guère fréquentées — l'a amené à la musique. La création consiste pour lui à « vivre l'irréalité d'une façon profondément réelle ». C'est une conduite proche de celles des surréalistes et des dadaïstes, auxquels il s'apparente en profondeur ; conduite qui, à son tour, ne recule ni devant la provocation, ni devant le scandale.
Après un début dans la composition sérielle (il ne se reconnaît pour maître que Max Deutsch), Bussotti échappe à l'« aridité rigide » de ce système. Dès lors, sa création s'écrit « page à page », une œuvre en engendrant une autre, œuvre continue, dominée par la fantaisie et l'imagination, étroitement dépendante de la vie de son auteur, à laquelle elle est liée par tout un réseau complexe de signes et symboles. « J'éprouve une réticence considérable à donner des explications », a dit Bussotti : « Sans doute est-ce là un esprit de défense et de sado-masochisme qui accumule les difficultés pour qu'on ne réalise pas mon œuvre. Car l'œuvre sort blessée dans sa réalisation. » C'est pourquoi les partitions de Bussotti semblent faites pour dérouter les interprètes, unissant à un graphisme imaginé (et parfois gratuit) les notations très précises et raffinées d'une écriture postwébernienne.
La création de Bussotti suit une voie très personnelle — qui est souvent un défi — où le théâtre et la voix ont un rôle capital (Pièce de chair II, 1960 ; Passion selon Sade, 1966 ; The Rara Requiem, 1969) atteignant peu à peu à un très haut niveau de concentration et de lyrisme (Lorenzaccio, 1972 ; Bergkristall, 1973 ; Syrosadunsettimino, 1974 ; Le Rarità, Potente, 1979 ; La Racine, 1981 ; Fedra, 1988 ; L’ispirazione, 1988.
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