Née à Gand, Flamande de langue française, Suzanne Lilar fait partie de ces rares écrivains qui auront réussi, au xxe siècle, à réinventer un grand style de l'érotique et de la mystique, à penser leurs connexions et leurs apories. Le sentiment tragique de la vie est ici rehaussé, et comme survolté, par une joie existentielle, qui a souvent le dernier mot. À la fin d'Une enfance gantoise (1976), la narratrice évoque, parmi les songes mythologiques qui l'ont poursuivie, ceux que « nous reconnaissons à leur félicité incomparable et au déchirement qui accompagne leur réveil ». Dans les dernières lignes de cette Confession anonyme (1960), qui aurait pu être sous une autre plume la plus triste des histoires d'amour, apparaît en ligne de fuite « cette félicité d'union dont Swedenborg pensait que nos pauvres amours ne sont que la réfraction et la correspondance ». Ce beau nom de « félicité » — que Flaubert donna jadis à sa plus modeste héroïne — domine ainsi le jeu des humiliations et des frustrations éprouvées par la protagoniste, « Benvenuta ». Dans tous ses écrits, Suzanne Lilar ne cesse d'explorer un monde inconnu, et peut-être fictif, qui consti […]
