Né à Beyrouth, au carrefour des civilisations arabe et européenne, Salah Stétié a, plus qu'un autre, éprouvé le choc de l'histoire, vécu et souffert le désir d'unité. Cette confrontation, cependant, ne l'a pas conduit à choisir un monde contre un autre, mais, bien au contraire, à tenter de les concilier en forgeant un langage qui leur soit commun. De ce désir de voir dans le bassin méditerranéen un espace non de guerre mais de rencontre, il s'est expliqué dans son essai Les Porteurs de feu (1972), à la fois prélude à sa poésie et étude approfondie des racines spirituelles du monde arabe, ainsi que de son possible avenir. Il y parle notamment de sa conception du poème : « Cessant d'être description, nomenclature, inventaire de surface, le poème sera un nœud de forces consumées dans l'acte même qui les noue, et devenues matière invisible, champ magnétique. » Plus tard, il reviendra sur la spécificité de la culture libanaise en publiant Liban pluriel (1994).
Cet espace de consumation qui caractérise sa poésie, véritable creuset où toute la disparité contradictoire du monde se trouverait soudain concentrée en un alliage d'une exceptionnelle densité, porté à son point d'unité le plus haut, Salah Stétié s'est attaché à le réaliser dans une suite de recueils : L'Eau froide gardée (1972), Fragment : poème (1973), Inversion de l'arbre et du silence (1980), L'Être poupée suivi de Colombe aquiline (1983), L'Autre Côté brûlé du très pur (1992), Fièvre et guérison de l'icône (1998), Fiançailles de la fraîcheur (2003). On trouvera là les plus sûrs acquis de la poésie occidentale, sa faculté de rupture et d'invention formelle comme métamorphosés par l'amour arabe de la parole qui, en faisant de chaque poème le couplet d'un chant voué à l'interminable, fait du livre une psalmodie, et lui donne une couleur et une accentuation vocales inédites dans notre langue. Souvent inspiré par la mystique de l'amour qui lie indissolublement douleur et désir, blessure et jouissance, le poème se fe […]
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