Robert Capa avait à peine vingt-cinq ans lorsque, en décembre 1938, le magazine anglais Picture Post présenta, sur onze pages, un choix de ses dernières photographies ainsi que son portrait sous lequel courait en légende : « Le plus grand photographe du monde : Robert Capa. »
La formule fit fortune, et Capa – qui venait de passer deux ans en Espagne et en Chine comme reporter de guerre – allait « couvrir » par la suite la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'indépendance d'Israël et celle d'Indochine, où il trouva la mort. Il fut tué, le 25 mai 1954, par une mine, sur la route de Thai-Binh (Nord-Vietnam), alors qu'il photographiait les troupes au combat. Tombé en soldat au milieu des soldats, le photographe de guerre se muait en héros-martyr, à qui l'on attribua à titre posthume la croix de guerre avec palme à l'ordre de l'Armée, une des plus hautes distinctions françaises.
1. Un photographe de combat
Originaire de Budapest (Hongrie), comme tant d'autres grands photographes (Moholy-Nagy, Kertész, Brassaï...), Endre Ernö Friedmann – tel était son nom – se lança, encore adolescent, dans le journalisme qui cristallisait ses deux grands centres d'intérêt : la littérature et la politique. Ses amis Eva Besnyo et Layos Kassac le confrontèrent aux œuvres des photographes engagés du mouvement hongrois Szciofoto qui avait été grandement influencé par des photographes américains, tels Jacob O. Riis et Lewis Hine, préoccupés de justice sociale. Expulsé de Hongrie à dix-sept ans, pour agitation politique contre la dictature de Horthy, Capa se rendit à Berlin, où il suivit les cours de l'université des sciences politiques. Pour gagner sa vie, il se tourna vers la photographie : son premier travail publié dans le Berliner illustrierte Zeitung est le reportage qu'il effectua le 27 novembre 1932 sur Léon Trotski lors d'une conférence à Copenhague, à la demande de son compatriote Simon Guttmann, fondateur de l'agence Dephot (Deutscher Photodienst), qui fournissait des photographies à la plupart des grands illustré […]
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