Ecclésiastique français, réformateur de son abbaye cistercienne de la Trappe. Né à Paris, d'une grande famille, Rancé reçoit une excellente éducation d'humaniste ; neveu de l'archevêque de Tours, il est ordonné prêtre en 1651, sans pour autant renoncer aux plaisirs de sa condition. Sa seconde conversion, en 1657, à la suite de la mort de son amie, la duchesse de Montbazon, le conduit à faire une retraite à Tours sous la direction de l'oratorien Séguenot ; la mort de son protecteur Gaston d'Orléans, en 1660, contribue encore à le détacher du monde et l'amène à envisager une vocation monastique. Il entre en 1662 au noviciat de Perseigne, reçoit l'habit cistercien et se retire, en 1664, au monastère de la Trappe (à Soligny, en Normandie), dont il était l'abbé commendataire depuis de longues années.
Il obtient de Rome le droit de réformer son abbaye selon la règle de la stricte observance et impose à ses moines une vie rigoureuse, de silence et d'austérité. Rancé acquiert une grande réputation comme directeur et entretient une correspondance active avec la plupart des grands personnages du temps : Bossuet vient au moins huit fois à la Trappe. Il intervient aussi dans les querelles théologiques (contre les jansénistes, contre les quiétistes) ; il doit aussi entretenir une longue controverse sur la vie monastique et spécialement sur la place que celle-ci peut faire aux études avec les Chartreux (dom Le Masson) et les Bénédictins (Mabillon) : l'idéal de vie de Rancé est fait d'archaïsme, d'un souci intense d'ascèse et de méfiance contre les choses de l'esprit. Cette volonté antimystique et anti-intellectuelle, soutenue par Bossuet, jointe au peu d'aménité de certains des écrits polémiques de l'abbé, ont fait du tort à celui-ci et à sa réforme.
Jean-Robert ARMOGATHE
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