Rachid Karamé est né en 1921, quelques mois après que le général Gouraud eut décidé de rattacher sa ville de Tripoli au Liban. Son père, mufti de la ville, était partisan du maintien de Tripoli dans le cadre syrien. La famille Karamé reste hostile au Grand Liban jusqu'à ce que l'ensemble du sunnisme libanais s'y rattache. Le père de Rachid accepte alors de diriger le deuxième gouvernement du Liban indépendant, une profession de foi dans le Liban souverain, dont le jeune Rachid héritera en même temps que du statut de dirigeant. Karamé va s'imposer comme le représentant de cette nouvelle génération de notables musulmans engagés dans la construction d'un Liban moderne et indépendant. « Libaniste », Karamé ne remet plus en cause l'indépendance du Liban par rapport à la Syrie. Moderniste, il rompt avec une tradition familiale en préférant des études de droit au titre de mufti et ajoute à la notabilité héritée de son père la création d'un parti. Il est, en 1951, le plus jeune ministre nommé au Liban, député de sa ville sans interruption, dix fois Premier ministre. Discret de nature, s'il parle beaucoup, rarement il se confie, menant une vie relativement austère, préférant toujours le […]
