Le célèbre chansonnier français Pierre Jean de Béranger, enfant du peuple malgré une particule usurpée par son père, fut élevé par son grand-père, tailleur rue du Faubourg-Saint-Antoine. Il assiste à la prise de la Bastille, mais on juge ensuite plus prudent de l'envoyer chez une tante fort dévote de Péronne, où il fréquente l'institut laïque de M. Ballue de Bellenglise, adepte de Rousseau, qui avait fait de son école un véritable petit club où l'on cultivait la harangue et les maximes révolutionnaires. Il travaille ensuite chez un imprimeur qui lui inculque les usages de la langue et les règles de la prosodie. De retour à Paris, il écrit une comédie, Les Hermaphrodites, inspirée par les mœurs efféminées du Directoire, commence un poème épique, Clovis, et s'essaie à tous les genres poétiques. Vivant dans la gêne, il songe à s'établir dans la colonie d'Égypte, puis envoie ses vers à Lucien Bonaparte qui, avant de partir pour l'exil en 1804, lui fait don de sa propre pension de membre de l'Institut, à laquelle s'ajoute l'argent qu'il tire d'une collaboration anonyme aux Annales du Musée français, recueil de gravures au trait dirigé par le peintre Landon, puis d'une place de commis-expéditionnaire dans les bureaux de l'université. De 1809 à 1814, il écrit ses premières chansons. Le Roi d'Yvetot et Le Sénateur eurent le bonheur de beaucoup amuser Napoléon. Béranger professa toujours pour celui-ci une vive admiration, voyant en lui l'expression géniale des aspirations populaires, mais il jugea avec sévérité son despotisme croissant. Il est admis au célèbre cabaret du Caveau ; c'est alors qu'on propose à ce chansonnier, qui se moque de la censure, un poste... à la censure.
Le recueil Chansons morales et autres (1815) rassemble ses premières créations : chansons à boire cultivant la gaudriole — Les Gueux, Les Infidélités de Lisette (narrant ses propres mésaventures), La Bonne Fille, Frétillon —, petites compositions dramatiques populaires et poétiques et, déjà, premières chansons patriotiques : Ma Dernière Chanson peu […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



