Ce poème d'Octavio Paz (1914-1998), Prix Nobel de littérature en 1990, parut d'abord sous forme de livre en 1957. À la fin de la première édition, on trouve la note suivante : « Sur la page de garde de ce livre apparaît le chiffre 585 transcrit selon le système maya de numération [...]. Il n'est peut-être pas inutile de signaler que ce poème comprend 584 vers de 11 pieds (on ne compte pas les six derniers parce qu'ils sont identiques aux six premiers : en réalité, le poème ne se termine pas sur ces vers mais il recommence). Ce nombre de vers correspond à celui de la révolution synodique de Vénus. » Après avoir ainsi justifié à l'avance la structure circulaire du poème – comme le calendrier aztèque qui lui donne son nom, Pierre de soleil n'a ni début ni fin –, Octavio Paz revient sur la signification symbolique de Vénus, ce qui est aussi l'occasion pour lui de souligner la polysémie volontaire de ce texte qu'il a qualifié de « flux poétique » : « Associée à la Lune, à l'humidité, à l'eau, à la végétation naissante, à la mort et à la résurrection de la nature, la planète Vénus était, pour les anciens Méditerranéens, un complexe d'images et de forces ambivalentes : la Dame du Soleil, la Pierre conique, la Pierre brute (qui rappelle le „morceau de bois non dégrossi“ du taoïsme), Aphrodite, la quadruple Vénus de Cicéron, la double déesse de Pausanias, etc. » Par ailleurs, dans la mythologie mexicaine, Quetzalcóatl, l'insondable dieu de la nature, se change en planète Vénus lorsqu'il se jette dans un bûcher après avoir pris conscience de sa déchéance.
1. Une quête initiatique
Pierre de soleil est donc d'abord le lieu de rencontre de deux mythologies, l'une d'origine préhispanique et indigène, l'autre née aux rives de la Méditerranée. Ainsi, si l'on s'en tient aux figures féminines qui peuplent ce poème, l'une renvoie à la déesse aztèque Coatlicue, dont la « jupe de maïs ondule et chante », et l'autre, multiple, rassemble certaines présences légendaires de la culture occidental […]
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