Né en 1920, Miguel Delibes est, avec Camilo José Cela et Gonzalo Torrente Ballester, l'une des grandes figures de la littérature de l'après-guerre civile (1936-1939). Très abondante, son œuvre romanesque reflète les changements qui ont marqué l'Espagne de son temps ; marquée par un idéal d'humanisme chrétien, elle évoque souvent des êtres défavorisés ou marginaux, et s'accompagne d'une critique acerbe de la bourgeoisie de province. Partant du réalisme traditionnel, son univers foisonnant de personnages, surtout centré sur la Castille profonde, mais ouvert aux tendances modernes de l'écriture de fiction, s'impose par ses dons exceptionnels de conteur et sa maîtrise d'une langue qui sait jouer des registres les plus divers. Le roman, déclare-t-il, « c'est l'homme dans ses réactions authentiques, spontanées, sans mystification ».
Son premier roman, La sombra del ciprés es alargada (L'ombre du cyprès est allongée, prix Nadal 1947), est l'histoire d'un orphelin à jamais meurtri par une éducation malencontreuse ; ce livre, comme Aún es de día (Il fait encore jour, 1949) est marqué par un pessimisme foncier qui restera, sauf exception, une constante chez cet auteur obsédé par la mort, le malheur et la difficulté des relations entre les êtres. Dans El Camino (Le Chemin, 1950), Mi idolatrado hijo Sisí (Sissi mon fils adoré, 1953) et El Príncipe destronado (Le Prince détrôné, 1973), les protagonistes sont des enfants. Dépeints avec beaucoup de vérité psychologique, ils sont un des thèmes préférés de Delibes. Lorenzo, un modeste appariteur de lycée, raconte avec passion et une grande science cynégétique ses exploits dans Diario de un cazador (Journal d'un chasseur, 1955). Profondément enraciné dans son terroir castillan, l'auteur, grand chasseur lui-même, décrit en connaisseur le paysage et les mentalités des paysans, et transcrit leur parler populaire d'une façon admirable. Diario de un emigrante (Journal d'un émigré, 1958) poursuit le récit autobiographique du même personnage, préférant au Chili, où il a voulu faire fortune, l […]
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