Le Tanzanien Julius Nyerere, homme d'État hors du commun, contrastait avec l'image négative que l'on a de la classe politique en général, et dans le Tiers Monde en particulier. Face aux manichéismes et aux dogmatismes ambiants, cet intellectuel, intègre, chrétien, fin politique, détonnait par son esprit libre, ses positions atypiques, ses réussites comme ses échecs.
Né au Tanganyika dans un village riverain du lac Victoria, Julius Nyerere obtient une maîtrise d'histoire à l'université d'Édimbourg (1952). Il doit son surnom de Mwalimu (l'instituteur, en swahili) moins à son bref passé d'enseignant qu'à un style politique. Par sa capacité à mobiliser l'ensemble de la population du pays dans une lutte pacifique pour l'indépendance (1954-1961), il fait de la Tanganyika African National Union une force politique sans rivale. Premier ministre puis premier président à l'instauration de la République (1962), il refuse en 1985 de se représenter puis, en 1990, quitte la présidence du parti (devenu en 1977 le Chama Cha Mapinduzi, « Parti de la révolution »).
Sa vie tant publique que privée est marquée par la fidélité à des principes, essayant constamment d'accorder les idées, les propos et l'action. Il n'était pas facile de construire une société égalitaire, intégrée, solidaire, incarnant le socialisme humaniste qu'il avait trouvé chez les Fabiens plus que chez Marx. Il n'en est pas moins parvenu à construire une conscience nationale transcendant les clivages hérités de l'histoire du pays, en s'appuyant sur un parti certes unique, mais qu'il a toujours voulu pluraliste malgré les pressions de son entourage. Il a donné la priorité au secteur social (éducation, santé) pour approcher cet égalitarisme souhaité et prôné au travers d'une austérité personnelle et d'une politique, l'Ujamaa (socialisme et autosuffisance).
La déclaration d'Arusha (1967), fondement de la lutte contre la corruption, est aussi la base de la politique de villagisation (1973-1979), qui fut un désastre économique (chute de la productio … ]
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