
Appartenant à une riche famille bourgeoise des Canaries, Juan López Negrín fit des études de médecine en Espagne et en Allemagne, puis devint professeur de physiologie à l'université de Madrid. En 1931, il fut élu député aux Cortes sous l'étiquette socialiste. Nommé ministre des Finances dans le cabinet formé par le socialiste Largo Caballero le 5 septembre 1936, il envoya en U.R.S.S. la moitié des réserves d'or de la Banque d'Espagne (500 millions de dollars), en paiement des fournitures d'armement. Le 17 mai 1937, il succéda à Largo Caballero à la tête du gouvernement. Bien que sa morgue intellectuelle, ses goûts de luxe, sa qualité de grand bourgeois fortuné lui eussent valu l'inimitié de certains chefs communistes, l'U.R.S.S. jugeait que ce socialiste modéré serait rassurant pour la France et la Grande-Bretagne. Sa position politique était difficile : d'une part, l'attitude de non-intervention de Londres et de Paris l'obligeait à pactiser avec Moscou pour obtenir des armes, donc à ménager le Parti communiste espagnol ; d'autre part, il se refusait à être le prisonnier de ce parti, dont il cherchait à limiter l'influence, en s'opposant, notamment, à sa fusion avec le Parti socialiste. Comprenant que la guerre était perdue pour la République, il chercha à négocier la paix avec le général Franco (Déclaration en treize points du 1er mai 1938). Ses tentatives ayant échoué, il mit son espoir dans l'imminence d'une guerre européenne opposant les démocraties libérales à l'Axe ; pour prolonger la lutte jusque-là, il se rapprocha du Parti communiste, le seul qui fût organisé, influent et résolu. Mais l'avance rapide de l'armée nationaliste l'obligea à quitter Barcelone (où il avait transféré le siège du gouvernement auparavant à Valence) pour gagner Toulouse (févr. 1939). Rentré à Alicante, il se heurta, en mars 1939, à une conjuration de militaires, d'anarchistes et de modérés, dirigée à Madrid par le colonel Casado. Il se réfugia alors à Paris, puis à Londres, où il vécut pendant la Seconde Guerre mondiale, et enfin au Mexique, où, le 17 août 1945, il démissionna de ses fonctions de Premier ministre du gouvernement républicain en exil. Il mourut au Mexique, après avoir remis au général Franco les documents relatifs à l'or de la Banque d'Espagne déposé à Moscou en 1937.
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