Dixième fils de Jules César Scaliger (humaniste padouan fixé en France et connu pour ses violentes controverses avec Érasme et avec le mathématicien Jérôme Cardan), Joseph Scaliger fit ses humanités à Bordeaux, puis à Paris sous Turnèbe. Devenu précepteur des enfants de l'ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, il voyage à travers la France, l'Europe, et se lie avec ce que le monde compte de talents reconnus. Il se fixe à l'université de Leyde, sur les instances de Henri IV. Il édite et commente un grand nombre d'œuvres antiques, de Varron à Apulée, et compose un important recueil de proverbes grecs : Stromateus proverbiorum graecorum. Son œuvre personnelle, composite, manque souvent d'intérêt autre qu'historique ; ainsi son traité sur la quadrature du cercle (Cyclometrica elementa, 1594) ou ses poésies, souvent médiocres imitations de l'antique (Poemata omnia, 1515). En revanche, l'historien est plus original, même si l'orientation purement chronologique qu'il choisit paraît aujourd'hui désuète (Opus de emendatione temporum, 1593 et le Thesaurus temporum, 1609) en faisant tenir à la continuité des événements un rôle essentiel. Mais, plus encore que ces traités (auxquels il faudrait ajouter ses ouvrages de numismatique), les lettres qu'il échange avec l'intelligentsia européenne retiennent l'attention ; elles témoignent d'une pratique de la conversation qu'on louera plus tard comme une caractéristique de l'honnête homme. Enfin, les recueils d'anecdotes et de bons mots que ses amis et élèves composèrent sous le titre Scaligeriana (1666 et 1669) connurent un grand succès. On appela très tôt le groupe qu'il formait avec Juste Lipse et Isaac Casaubon le triumvirat littéraire du siècle, reconnaissant ainsi aux trois hommes un pouvoir tacite de juridiction et de critique en matière de livres. Le travail de ce groupe constitue, avec celle d'Étienne Pasquier, l'une des premières tentatives de critique littéraire au sens moderne du terme.
Bernard CROQUETTE
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