Le photographe américain Joel Peter Witkin est né le 13 septembre 1939 à Brooklyn dans une famille modeste d'émigrés venus d'Europe. Son père est juif, d'origine russe, et sa mère, d'origine italienne, élève ses enfants dans la religion catholique ; ces différences mèneront ses parents au divorce.
Sa mère accouche de triplés : ne survivront que Joel Peter et un frère jumeau qui deviendra peintre. La mort est donc présente dès sa naissance. De sa famille, Witkin garde l'image d'une grand-mère qui ne dissimulait pas son invalidité – elle n'avait plus qu'une jambe. Dans un entretien, il a précisé que cette invalidité et le phénomène de l'immigration constituent pour lui les deux expériences clés de son enfance. Alors qu'il se rendait à l'église avec sa mère et son frère, il a assisté dans la rue à un terrible accident de la circulation qu'il n'oubliera jamais. À l'âge de quinze ans il fait ses premières photographies : son apprentissage passe par la réalisation d'images destinées à son frère, mais également à un Freak Show, une exhibition de monstres de Coney Island – ce qui n'est pas sans rappeler le film américain de Tod Browning Freaks (1932) ; sans doute son goût pour le monstrueux et le morbide se forme-t-il au travers de cette expérience et peut-être de ce film culte très marquant. Joel Peter Witkin est un créateur hanté par des obsessions, des visions, qu'il transcrit dans son œuvre photographique. Extrêmement cohérente, tant sur le fond que dans la forme, celle-ci évolue sans détours ni parenthèses. Chaque photo repose sur une mise en scène : Witkin appartient à cette catégorie de photographes qui choisissent d'inventer un monde plutôt que d'opérer sur la réalité qui les entoure. Et le registre thématique est quasi immuable : le photographe ne cesse de montrer directement la mort ou de l'évoquer par les corps qui dominent son œuvre. Quant à la facture des images, elle semble traduire une volonté de les faire ressembler à des documents exhumés du passé. Il va ensuite être l'as […]
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