Si l'on excepte une période de quatre années (1951-1955) où il dirigea ses propres formations, Johnny Hodges fut l'un des principaux solistes de l'orchestre de Duke Ellington chez lequel il entra en 1928 et avec lequel il se produisit jusqu'à sa mort. Avec Benny Carter et Willie Smith, mais les surclassant très nettement, Hodges, surnommé Rabbit (Lapin), est un des maîtres du saxophone alto avant l'apparition de Charlie Parker, ainsi que l'un des improvisateurs les plus remarquables de l'histoire du jazz. On admire chez lui, en même temps qu'une sonorité à la rondeur et aux inflexions suaves, bien servie par un vibrato ample et chaleureux, une inspiration déliée, au romantisme épanché (Hodges est un spécialiste de la ballade sentimentale), volontiers soumise à l'attraction du blues. Hodges procède par longues phrases au tracé à la fois très ferme et très sinueux. Un sens architectural jamais pris en défaut le fait enchaîner des chorus à la cambrure franche, aux articulations nettes, à la construction limpide, avec une sérénité qui, dans les dernières années de sa vie, touche au plus complet détachement : « Ce n'est pas la peine que je pense à ce que je fais, confiait-il, mes doigts se meuvent tout seuls sur les clés. »
Alain GERBER
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