L'expression Hinayāna (« petit véhicule »), polémique et péjorative, apparaît dans la littérature bouddhique vers les débuts de l'ère chrétienne. Elle connaîtra plusieurs évolutions altérant sensiblement sa signification initiale. Mais cette multiplicité de sens est aujourd'hui rarement prise en compte et l'expression est souvent employée sans qu'on sache réellement à laquelle de ces définitions on se réfère.
1. Le bouddhisme des origines
Le terme yāna lui-même est assez peu employé dans la littérature bouddhique ancienne et généralement dans son sens matériel de « char ». Quand il se rapporte à l'enseignement du Bouddha, il apparaît sous la forme de « ekayāna » (véhicule – yāna, unique – eka) pour signifier qu'il est le seul enseignement capable de mener au-delà du samsāra – le cycle douloureux des naissances et des morts – par opposition aux autres enseignements spirituels. Il est alors employé comme synonyme de dharma, la doctrine à mettre en pratique, comme un « véhicule » ou « moyen de progression » sur la voie de la vérité.
Le « véhicule unique » désigne alors l'enseignement que, seul, un Bouddha pleinement accompli (samyaksambuddha) peut transmettre, par compassion, à tous ses auditeurs (srāvaka), afin qu'ils cheminent sur la voie qui mène à l'Éveil et à la libération, à l'état d'arhat (« Méritant ») ou « Bouddha-auditeur » (srāvakabuddha). Ce caractère exceptionnel du Bouddha-enseignant était considéré au départ comme le résultat d'un parcours extraordinaire : sa carrière de bodhisattva (« être promis à l'Éveil ») au cours de laquelle, par lui-même, sans aucune aide ni enseignement, il redécouvre la Loi qui régit les phénomènes et les pratiques pour atteindre l'Éveil.
Cependant, pour certaines écoles du bouddhisme ancien, du courant Mahāsānghika – « Grande Assemblée » –, qui feront référence à plusieurs textes prêtant à des interprétations contradictoires, le bodhisattva aurait lui-même profité de l'enseignement de Bouddhas plus anciens, rencontrés au cours de ses très nombreuses vies succe […]
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