Un homme à la croisée des langues : tel se présente le poète Guennadi Aïgui, de son vrai nom Hunnadi (fils de Huns) Lissine, né en 1934 dans un village de Tchouvachie. De langue maternelle tchouvache, il se met à écrire exclusivement en russe dès 1963, suivant les conseils de Boris Pasternak et de Nazim Hikmet, et apprend le français en autodidacte pour découvrir la poésie française dans le texte (il en sera le premier traducteur en tchouvache). En 1953, il s'installe à Moscou, où il étudie à l'Institut de littérature. Sa poésie sera à la croisée des cultures, nourrie du symbolisme et du surréalisme français, de l'avant-garde russe du début du xxe siècle et de la poésie et du folklore tchouvaches.
La destinée d'Aïgui est celle des exilés intérieurs de la société soviétique. Il se tiendra toujours en marge de la culture soviétique officielle (il est exclu du komsomol en 1958 pour son amitié avec Pasternak et aura ensuite du mal à trouver du travail). Soumis de ce fait aux aléas de la vie quotidienne, il vit pauvrement, mais évolue dans une atmosphère intellectuelle stimulante : il fréquente les artistes non conformistes des années 1960, à l'époque des ex […]
