Juriste et sociologue, docteur en droit et docteur ès lettres, Gaston Bouthoul aurait pu s'engager dans une carrière universitaire classique qui eût été assurément brillante. Mais ce non-conformiste tranquille a craint d'aliéner ainsi une trop grande part de sa liberté. Entré au barreau (il fut notamment l'avocat d'Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque), il n'en a pas moins utilisé ses dons pédagogiques en enseignant à l'École des hautes études sociales. Cependant, l'essentiel de son œuvre est ailleurs, dans cette vingtaine de livres et ces innombrables articles qu'il a consacrés à la discipline dont le nom restera associé au sien : la polémologie. Ce nom de polémologie, c'est Bouthoul lui-même qui l'a forgé pour désigner une branche des sciences sociales dont il s'est attaché à définir l'objet et les méthodes. On comprend mieux les raisons et la nature de cette création si l'on se rappelle le désenchantement durable que le second conflit mondial avait laissé dans les esprits des pacifistes. Les élans du cœur les objurgations de la morale, les professions de foi iréniques qui avaient surabondé après 1918 dans les milieux de la S.D.N. et dans l'opinion des nations démocratiques, tout avait basculé dans les affrontements, les dévastations et les tueries de la Seconde Guerre mondiale.
Doué d'une vive sensibilité, mais formé aux méthodes positives de l'école de Durkheim, Bouthoul a cherché, pour préserver la paix, une méthode plus efficace que les colères et les adjurations du pacifisme. Il a compris qu'il fallait d'abord désacraliser la guerre, lui enlever cette aura de surnaturel – diabolique ou divin – qui empêche de la regarder en face longuement, froidement, sans en être fasciné.
Il a donc voulu observer en savant le « phénomène guerre ». Très vite, il est parvenu à l'idée que l'alternance constante de la guerre et de la paix dans l'histoire des sociétés humaines ne pouvait être due au hasard, non plus qu'à la malignité des gouvernants ou à la méchanceté des peuples. Cette répétition indéfini […]
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