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BLANCHE FRANCIS (1921-1974)

Francis Blanche est né et mort à Paris. Fils d'acteur et mêlé dès le plus jeune âge aux gens de théâtre, il n'aura aucun effort à faire pour s'assimiler à leur milieu ; milieu que le moraliste caché en lui juge sévèrement quelquefois mais qui lui convient parce que l'on s'y meut sans trop de contraintes. Après des études secondaires faciles, désinvoltes et brillantes, il débute au cabaret à l'âge de dix-sept ans, à la veille de la guerre. Conscient très tôt de la vanité des carrières, et se voulant dilettante plutôt qu'esclave des routines, il évite délibérément l'Université et s'engage dans une activité de jeu, d'improvisation perpétuelle qui est à la fois sa vie et son métier. Pendant plus de trente ans, il sourira et fera rire. II le fera à la scène et au cinéma avec un succès éclatant, grâce à l'acuité de son intelligence, à son humour impitoyable, grâce aussi à une tendresse native qui l'empêche d'être blessant par système. Francis Blanche fut un ennemi déclaré de l'esprit de sérieux. Mais s'il ne s'est jamais piqué de philosophie, il a sans doute contribué, avec quelque avance sur Mai-68 – par ses spectacles, par ses émissions de radio parfois retentissantes – à éveiller dans la jeunesse la contestation d'une société qu'il traitait par la dérision. Ses dons littéraires lui eussent permis d'entreprendre davantage. Il ne le voulut pas, persuadé qu'il était de la futilité des œuvres et des projets à long terme. Dépourvu d'ambition, voire d'intérêt pour le futur, il n'a néanmoins pas réussi à disparaître tout à fait : Francis Blanche a marqué le comique de son époque par des inventions, en particulier celle de Signé Furax, héros épique et grotesque ; naïf, sentimental et cruel cousin d'Ulysse et du père Ubu, dont les aventures radiophoniques, poussées à l'excès le plus invraisemblable, passionnèrent les gens d'esprit, jour après jour, pendant les années 1950.

Francis Blanche est l'auteur de centaines de textes de chansons, dont bon nombre sont célèbres, de films, de pièces de théâtre, de comédies musicales, d'innombrables émissions de radio.

Tandis qu'en 1973 paraissait sur les écrans La Grande Bouffe – le dernier film dont il écrivit les dialogues –, le public découvrait en cet amuseur apparemment blasé le poète nostalgique de Mon Oursin et moi. Au cimetière d'Èze-Village, sur sa tombe, il reste un nom, et un vers de ce recueil : « Laissez-moi dormir, j'étais fait pour ça. »

Claude GRÉGORY

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