Né en 1921 à Naples, Domenico Rea passe une grande partie de sa jeunesse à Nocera Inferiore (la Nofi mythique de ses romans et de ses nouvelles), petite ville située à une trentaine de kilomètres de Naples. Élevé dans un milieu très modeste, il voit émigrer en Amérique une bonne partie de sa famille et ignore longtemps ce qu'est un livre : “Nous étions tous destinés à des métiers serviles.” À treize ans environ, l'adolescent vole deux ouvrages à la foire de Salerne : l'Histoire de la littérature de De Sanctis et les Operette morali de Leopardi. Pour lui, c'est une révélation, la découverte des grands écrivains — en particulier les conteurs italiens de la Renaissance et les classiques russes et français. Coursier dans un atelier typographique, ouvrier pendant six mois aux Cotonneries méridionales de Nocera Inferiore, il publie son premier recueil de nouvelles, Spaccanapoli, en 1947, chez Mondadori. C'est un succès immédiat : “Nous vîmes brusquement un monde de phosphore et de sang, de masques railleurs, une foule qui dansait une tarentelle déchaînée sur les ruines” (G. Nascimbeni). Gesù, fate luce ! (Jésus, fais la lumière !), qui reçoit le prix Viareggio en 1950, confirme les qualités de l'écrivain qui, selon ses propres dires, connut son “âge d'or” entre 1943 et 1947, “quand les riches cessèrent de manger de la viande et moi de l'herbe. [...] À l'arrivée des Américains, je devins vraiment un homme libre. Quand la guerre prit fin, les Napolitains dirent : la belle époque est terminée”. Dans ce recueil, Rea a su fixer mieux que quiconque un moment particulier de l'histoire de Naples : la ville dévastée par les bombes, la famine, et pourtant frénétiquement acharnée à survivre.
Attentif à saisir la réalité méridionale, Rea est l'auteur de nombreux essais — sur les mendiants, sur Pulcinella, sur l'image de Naples (Les Deux Naples, essai sur le caractère des Napolitains, 1949) — et de nouvelles, un genre qui convenait à merveille à son goût de l'ellipse et des coups de théâtre, et dans lesquelles il met e […]
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