« Dramaturge qui cultive le contraste le plus entier », ainsi Barbara Rose, dans L'Art américain depuis 1900 (Bruxelles, 1969), définit-elle le peintre américain Clyfford Still. Au sein de l'expressionnisme abstrait américain, il tend vers une peinture plus statique que dynamique. Alors que Pollock et De Kooning explorent toutes les possibilités de l'abstraction gestuelle et graphique, Still, comme Rothko, insiste surtout sur la confrontation violente et parfois dramatique des grandes surfaces de couleurs pures. Avant de s'établir à New York en 1950 et de travailler avec Pollock et De Kooning, Still passe près de dix ans à San Francisco, où, professeur à la California School of Fine Arts, il a un rayonnement considérable. Ses premières œuvres, des peintures violemment colorées, évoquent certains paysages romantiques et surréels déchirés par les éclairs stridents d'une lumière artificielle où semblent se lire certaines configurations naturelles et déchiquetées, telles que ravins, cañons ou crevasses. Peu à peu, délaissant tout anecdotisme, le peintre ne joue plus que sur les variations d'une matière riche et dense et sur celles d'une couleur violemment saturée. Il attein […]
