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BARNUM CIRQUE

Le Général Tom Pouce, en 1866

L'Américain Phinéas T. Barnum (1810-1891), par une réclame tapageuse, fondée sur des affirmations mensongères, d'invention souvent drolatique, conquiert, un demi-siècle durant, d'innombrables foules, parfois sceptiques, mais jamais déçues. Il exhibe successivement : la nourrice de George Washington, une vieille négresse aveugle et à moitié paralysée ; la sirène des îles Fidji, une tête de singe cousue sur un corps de poisson ; le général Tom Pouce « mesurant un peu plus de 0,60 mètres et ne pesant que 6,750 kilogrammes ». Il présente aussi la cantatrice Jenny Lind, « le rossignol suédois », dont Meyerbeer déclarait qu'elle avait « une voix chaste et pure, pleine de grâce et de virginalité ». À soixante ans, il organise avec deux entrepreneurs d'attractions foraines une tournée qui, avec sa collection de curiosités, sa ménagerie et son spectacle de cirque, préfigure celles qu'adopteront les grands cirques voyageurs américains : équipes d'afficheurs, déplacements en chemin de fer et spectacle à trois pistes. Barnum meurt le 7 avril 1891, après s'être inquiété du montant de la recette de la journée, laissant une fortune considérable et, dans ses bureaux, un coffre renfermant l'héritage laissé à ses collaborateurs : un exemplaire pour chacun d'eux de La Vie de Phinéas T. Barnum écrite par lui-même.

À sa mort, Bailey, son associé, poursuit l'exploitation du cirque. Après l'Amérique, ce va être l'Europe. Un paquebot, le Massachusetts, transporte plus de mille artistes et employés, cinq cents chevaux, vingt éléphants, des wagons et plates-formes constituant un train de deux kilomètres. Pendant dix-huit mois, le cirque Barnum and Bailey parcourt l'Europe centrale, traverse la Hollande et la Belgique pour s'installer, au cours de l'hiver de 1901, à Paris, dans la Galerie des machines du Champ-de-Mars. À la première représentation, le Tout-Paris est là : la famille d'Émile Loubet, le président du Conseil et ses ministres, les ambassadeurs et les grands corps de l'État ; on se montre du doigt Émile Zola, qui voisine avec Dufayel. Sur les trois pistes de la grande tente, longue de deux cents mètres, des attractions passent simultanément devant douze mille spectateurs émerveillés. Après le spectacle, on peut visiter la galerie des phénomènes. Il y a, bien sûr, géants, nains, colosses, femmes à barbe, mais aussi des truqueurs, qui apparaissent sous n'importe quelle forme. Parmi eux, le vieux Zip, qui a près de quarante années de service au musée Barnum. Visitant celui-ci, Dickens avait désigné Zip du doigt : « What is it ? — Vous avez trouvé son nom, répondit Barnum, je l'appellerai ainsi. » Sur la pancarte de présentation, le public français peut lire la traduction faite à son intention : « Kekcékça ». Refusant régulièrement du monde tout au long de sa tournée, le cirque, en octobre 1902, s'embarque à Dunkerque pour l'Amérique. Il laisse les Français pantois. On en parle encore.

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