Appelée bataille d'Oued al-Makhazine (Wādī al-Makhāzin) par les Marocains, Alcácer-Quibir est un désastre pour l'armée d'invasion du roi de Portugal, Sébastien, vaincue par le sultan du Maroc, Moulay ‘Abd al-Mālik, le 4 août 1578.
Dom Sébastião, catholique exalté, était obnubilé par un projet de croisade au Maroc en vue de convertir les musulmans au christianisme. Une première expédition ayant échoué en 1574, il s'allie à Moulay Muhammad al-Mutawakkil, détrôné par son oncle ‘Abd al-Mālik, pour débarquer à Tanger à la tête d'une armée de près de 20 000 hommes, dotée d'une encombrante artillerie. À Wādī al-Makhāzin, près de Ksar-el-Kébir, entre la rivière Loukkos et l'un de ses affluents, Sébastien attaque ‘Abd al-Mālik et son frère Ahmad. Les forces musulmanes, moins bien équipées que les portugaises, comptent 50 000 fantassins et cavaliers. Elles obligent les chrétiens à battre en retraite vers Larache, sur la côte, mais en franchissant l'oued al-Makhazine, qui est alors en crue, ils sont nombreux à se noyer ou à se rendre. Al-Mutawakkil périt noyé, Sébastien disparaît, et ‘Abd al-Mālik, tombé gravement malade avant la bataille, meurt le lendemain ; d'où le surnom européen de la bataille, dite « des trois rois ».
La victoire laisse aux musulmans un opulent butin et donne au pays son nouveau sultan, Ahmad al-Mansūr (Ahmad le Victorieux), affranchi de la tutelle ottomane. Le Maroc gagne un nouveau prestige en Europe, et renforce sa position diplomatique et économique. La disparition du jeune roi de Portugal, sans héritier, entraîne l'intégration du royaume dans le domaine espagnol pour soixante années. Elle fait naître aussi le sébastianisme, croyance au retour miraculeux du « roi caché » pour sauver son royaume. Ce millénarisme populaire réapparaîtra dans le Nordeste brésilien à la fin du xixe siècle.
Universalis
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