PRIESTLEY JOHN BOYNTON (1894-1984)

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Bien que John Boynton Priestley ait commencé à écrire au début des années 1920, il se rattache, tant par sa conception du rôle de l'écrivain que par son œuvre, à la génération précédant la sienne, celle de Shaw, de Chesterton, de Wells et de Bennett. Romancier, dramaturge, essayiste, critique, journaliste et historien, il fut aussi une grande figure publique et, pendant la guerre, le représentant que se choisit la Grande-Bretagne, comparable seulement à Winston Churchill pour la détermination et la foi dont il fit preuve. En 1940, il devint, par ses fameux discours à la radio, « la voix non officielle du peuple anglais ». Corpulent, doté d'un fort accent régional, il incarnait à merveille l'Anglais moyen ; il en partageait l'apparence, les préjugés et les colères. Né à Bradford, dans le Yorkshire, le 13 septembre 1894, John Boynton Priestley est élevé à l'école publique de Bradford, qu'il quitte à l'âge de seize ans pour écrire. Ce Bradford de sa jeunesse, il le présente dans Margin Released (1962), petite ville paradisiaque, à l'abri des modes qui sévissent dans la métropole, de surcroît dotée d'une culture autonome et d'une société sans classe. Il commence à publier poésie et articles tout en fréquentant assidûment les théâtres, les music-halls et les salles de concert : premiers signes d'une passion qui allait s'affirmer de diverses façons.

J. B Priestley reste dans l'armée jusqu'en 1919, puis entre à l'université de Cambridge où il publie, en 1922, son premier livre, Brief Diversions. À Londres, il acquiert très vite une réputation en tant que critique littéraire (avec les biographies de Meredith et de Peacock – 1926, 1927 – qui font encore autorité), mais c'est la publication de son roman The Good Companions (1929) qui lui assure une célébrité telle qu'il fera l'objet d'une adaptation au théâtre en 1931. Ces saynètes peuplées de multiples héros, artisans, petits bourgeois ou comédiens, et situées dans une Angleterre familière et rassurante permettent à des millions de lecteurs dans le monde de se livrer à une sorte de rêverie heureuse où la crise économique, le chômage, les pérégrinations le long des routes, revêtant une tournure héroï-comique, se trouvent résolus de façon optimiste. Dès 1932, cependant (avec Dangerous Corner), le succès des pièces éclipse celui des romans ; parmi les pièces produites dans les années 1930 – Laburnum Grove, Time and the Conways, I Have Been Here Before, Music at Night, When We Are Married... –, un certain nombre traitent du problème du temps, problème qui resta au centre des préoccupations de Priestley, comme le prouve l'essai Man and Time publié en 1964. L'arrivée de la guerre ne fera que stimuler davantage sa prodigieuse énergie : entre 1939 et 1945, il n'écrit pas moins de quatorze ouvrages.

Priestley lui-même qualifia par la suite ses romans d'écrits de journaliste, ce qui est exact dans la mesure où le roman, comme les autres genres littéraires qu'il pratiqua, lui servit avant tout à exprimer ses idées ; et il n'est guère de sujet sur lequel Priestley n'eut pas d'idée. Ses meilleurs ouvrages sont sans doute ceux dans lesquels il retrace ses souvenirs – English Journey (1934), Midnight in the Desert (1937), Rain Upon Gashill (1939), Thoughts in the Wilderness (1957) et Margin Released ; mais, à soixante-six ans, Priestley allait révéler une nouvelle facette de son talent avec la parution d'un vaste panorama des littératures européenne et américaine depuis le xvie siècle, Literature and the Western Man. Ce n'était pourtant pas là son dernier tour de force puisque, après avoir publié une trilogie historique couvrant les périodes édouardienne et victorienne, Priestley, franchissant allégrement le cap des quatre-vingts ans, continuait de produire romans, nouvelles, récits de voyage et volumes de réflexion historique (The English). Ses pièces, pendant ce temps, connaissaient un regain de faveur. L'abondance et la diversité de l'œuvre rendent toute analyse difficile. Ce sont, dans l'écriture, les marques d'une vitalité et d'une indépendance d'esprit qui rayonnèrent de bien d'autres façons. Une certaine Angleterre se reconnut évidemment dans ce moraliste qui se serait intégré dans le xviiie ou le xixe siècle aussi bien – mais à peine mieux – que dans celui où il vécut.

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Christine JORDIS, « PRIESTLEY JOHN BOYNTON - (1894-1984) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-boynton-priestley/