HANLEY JAMES (1901-1985)

Cet auteur a été surtout considéré comme un grand écrivain de la mer au style réaliste. Ces qualificatifs se révèlent insuffisants à l'analyse ; en effet, si les grands romans de la mer de James Hanley ont suscité l'enthousiasme de ses pairs, ils ne représentent avec les nouvelles portant sur le même sujet qu'à peine le quart de son œuvre. Quant à son « réalisme », si la toile de fond de ses récits est effectivement peinte avec sobriété et minutie, c'est pour mieux donner leur essor aux grands mouvements de la vie intérieure et imaginative des personnages. Ceux-ci, saisis dans des milieux ouvriers ou petits-bourgeois, étriqués et marginalisés, notamment le Liverpool de l'immigration irlandaise, déjouent les limites de leur environnement physique et humain par une sorte d'implosion vers le rêve, la fantaisie, l'accomplissement du désir (nous reconnaissons chez Hanley à la fois la condition et la quête du celte en milieu anglo-saxon, où il a passé l'essentiel de sa vie).

Fils d'un chauffeur de navire dublinois qui émigre à Liverpool, James Hanley, après avoir bourlingué sur toutes les mers pendant une dizaine d'années, et avoir fait divers métiers, notamment celui de son père, trouve à vingt-neuf ans un éditeur pour son premier roman Le Tourbillon. Il publie la même année (1930) deux autres ouvrages à compte d'auteur, Le Prisonnier allemand et Une passion avant la mort où l'on voit poindre la thématique hanleyenne de l'exacerbation des sentiments par les contraintes extérieures. Dans les trois années qui suivent paraissent Le Dernier Voyage, Les Hommes de l'obscurité, Boy, Le Soutier Haslett, Flux et Reflux et Le Capitaine Bettell, romans et nouvelles où il traite le sujet de l'homme soumis à la mer, aux bateaux, à l'autorité du capitaine. Certains sont d'une grande violence. Ainsi Boy (1931), qui montre un jeune garçon, passager clandestin à bord d'un cargo, soumis aux caprices sexuels de l'équipage puis assassiné, va donner lieu à une controverse célèbre. L'œuvre est fortement prise à partie par Hugh Walpole, mais sa qualité autant que le droit d'expression de l'artiste sera défendue par les plus éminents contemporains tels T. E. Lawrence (Lawrence d'Arabie), E. M. Forster, H. G. Wells et J. B. Priestley. Hanley est dorénavant connu de tous.

En 1935, Chatto and Windus, grande maison londonienne, publie Les Fury, le premier d'un cycle de cinq romans qui paraissent pendant une période de vingt-trois ans. On peut considérer ce cycle comme la pièce maîtresse de son œuvre. Toutes les grandes préoccupations hanleyennes s'y trouvent, la mer, le monde ouvrier, les sentiments d'exil, d'isolement, de révolte qui dominent une famille où le père (soutier de navire) est trop absent et la mère, maladroitement ambitieuse, l'est trop peu. Cette saga des Fury, famille irlandaise émigrée dans une ville portuaire anglaise, est en partie autobiographique : elle touche en tout cas à ce que l'artiste ressent le mieux. Il s'agit d'une grande épopée qui met en scène de petites gens, vus de l'intérieur à travers leur souffrance et leurs rêves d'Irlandais.

Puis ce sont de grands récits des périodes de guerre vécues par des marins, La Mer dérisoire (1938) sur la Première Guerre mondiale, L'Océan (1941) sur la Seconde Guerre mondiale, et Le Chant du marin (1943) sur les deux conflits, qui font dire à Henry Green : « [Hanley] est de très loin le meilleur écrivain de la mer depuis Conrad, et même, à mon avis, il lui est très supérieur. » D'autres critiques, et des plus exigeants, W. H. Auden, C. P. Snow, Herbert Read entre autres, apportent leurs éloges ; d'autres romans suivent... d'autres formes d'incarcération, d'autres échappatoires. Mais, si la thématique hanleyenne varie peu, le sujet se déplace de la mer à la terre et son écriture exprime une inventivité stylistique certaine, notamment dans L'Embarquement impossible (1952), Le Silence (1962), Voyage onirique (1976). La Sonate galloise (1954) est un véritable poème en prose, écrit d'un seul trait, usant des ressources de la poésie galloise traditionnelle transposées en anglais : allitération, emploi d'anaphores, utilisation musicale des vocables gallois. Il est difficile ici de ne pas penser à la celtitude hanleyenne si peu mise en relief par la critique.

Un royaume (1978) est la dernière œuvre publiée par James Hanley : il s'agit du royaume intérieur d'une femme de la campagne et elle exprime cette densité de vie que l'artiste seul peut déceler. En dehors de son œuvre romanesque, Hanley a écrit plusieurs pièces pour la radio, une autobiographie, L'Eau brisée (quand il avait trente-huit ans !) et des études de John Cowper Powys (l'intérêt gallois) et Melville (autre écrivain de la mer).

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Michael SCOTT, « HANLEY JAMES - (1901-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/james-hanley/