GRONOVIUS JOHANN FRIEDRICH GRONOUW dit (1611-1671)

Né à Hambourg, de David Gronouw, conseiller du duc de Holstein, et de Margaretha Langermann, Johann Friedrich, qui devait latiniser son nom en Gronovius, fit ses premières études à Brême et à Hambourg. En 1631, après avoir visité Iéna et Leipzig, il arrête sa pérégrination académique à Altdorf, près de Nuremberg, afin d'y compléter ses études juridiques et littéraires, sous la direction, entre autres, de Rittershusius et de Virdungus. De retour à Hambourg en 1633, il y rencontre Grotius, et, sur les conseils de ce dernier, part pour les Provinces-Unies au printemps de 1634. À Groningue, il retrouve plusieurs compatriotes, notamment un ami de son père, le juriste Antonius Matthaeus, et l'helléniste Tobias Andreae, tous les deux professeurs à l'université. Après divers séjours à Amsterdam et à Leyde, Gronovius se fixe en 1635 à La Haye. La correspondance assidue qu'il entretient alors avec Saumaise, Daniel Heinsius et son fils Nicolas Heinsius, à Leyde, avec G. J. Vossius et ses fils, à Amsterdam, révèle déjà le philologue d'une rare sagacité. Son Entretien sur les Silves de Stace (In P. Papinii Statii Silvarum libros V. Diatribe, 1637), l'édition qu'il procure en 1638 de la correspondance d'Isaac Casaubon vont consacrer rapidement au-delà des frontières sa réputation d'érudit.

En avril 1639, Gronovius, réalisant un projet longtemps différé, entreprend le « grand tour », comme gouverneur des deux jeunes neveux de l'armateur amsterdamois L. de Geer. Au cours d'un voyage de vingt et un mois, il visitera l'Angleterre, la France, l'Italie, la Suisse, tout en amassant en chemin, dans les bibliothèques les plus illustres, les matériaux de ses futurs travaux philologiques. À Londres ou à Oxford, à Paris, comme à Angers (où, en février 1640, il prend le bonnet de docteur) ou à Dijon, à Rome, à Venise, à Bâle, il noue avec les meilleurs savants et érudits des relations qu'un commerce épistolaire durable entretiendra, le plus souvent, par la suite. De retour en Hollande au début de 1642, Gronovius accepte à l'école illustre de Deventer, en Overijssel, un professorat d'éloquence et d'histoire. En 1658, il voit sa carrière académique en terre néerlandaise couronnée par une nomination à la chaire de langue et littérature grecques de l'université de Leyde.

En janvier 1672, le médecin Guy Patin, apprenant la mort de Gronovius, survenue à Leyde, écrit à son ami Falconnet : « Il restait presque tout seul du nombre des savants de Hollande [...] il n'est plus dans ce pays-là de gens faits comme Joseph Scaliger, Baudius, Heinsius, Salmasius et Grotius. » En effet, pendant la seconde moitié du xviie siècle et bien avant dans le xviiie, J. F. Gronovius s'est imposé comme l'un des meilleurs latinistes de son temps. Son activité philologique s'est traduite par de nombreuses éditions de textes annotés et de commentaires, qui couvrent tout le champ de la latinité, de Plaute aux Pères de l'Église (citons notamment ses éditions de Plaute et de Tacite). Il est également l'auteur d'un ouvrage sur les sesterces (De sestertiis commentarius, 1re éd., Deventer, 1643) qui fait date dans l'histoire de la numismatique.

Tant à Leyde qu'à Deventer, l'enseignement de J. F. Gronovius attira nombre d'étudiants étrangers (en particulier des Suédois), étudiants désireux de se former aux belles-lettres ou tout simplement désireux de rencontrer, au cours de leur pérégrination universitaire qu'ils accomplissaient suivant l'usage du temps à travers l'Europe, une des gloires les plus sûres de la république des lettres.

La correspondance de J. F. Gronovius, riche de plus de six mille pièces (correspondance déposée en majeure partie dans les bibliothèques universitaires de Leyde et de Munich), constitue une source de la plus haute valeur pour l'étude de la vie intellectuelle au xviie siècle. Elle témoigne en même temps, sur un exemple privilégié, de l'extraordinaire rayonnement des universités dans ce carrefour culturel de l'Europe que fut la République des Provinces-Unies au xviie siècle.

Johannes Fredericus Gronovius devait faire souche en Hollande : trois générations durant, le nom de Gronovius allait illustrer l'université de Leyde. L'aîné de ses enfants, Jacobus (1645-1716), occupa à Leyde, de 1679 à sa mort, la chaire de grec et d'éloquence, et le fils de ce dernier, Abraham, présida de 1751 à 1775 aux destinées de la Bibliothèque.

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  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Paul DIBON, « GRONOVIUS JOHANN FRIEDRICH GRONOUW dit (1611-1671) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gronovius/