SIPAHIOĞLU GÖKṢIN (1926-2011)

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Photojournaliste emblématique et fondateur de l'agence Sipa Press, Gökşin Sipahioğlu a renouvelé la conception du métier d'informer qui suscite toujours des vocations.

Göksin Sipahioğlu

Photographie : Göksin Sipahioğlu

Göksin Sipahioğlu, Pékin, femme, 1965. En tant que grand reporter, SipahioGöksin Sipahioğlulu sera le premier photojournaliste turc à entrer dans la Chine de Mao Zedong. 

Crédits : G. Sipahioğlu

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Gökşin Sipahioğlu naît le 28 décembre 1926 à Izmir en Turquie. Après des études secondaires au lycée privé français Saint-Joseph d'Istanbul, il s'inscrit à l'université de cette ville pour y étudier le journalisme. Sportif accompli, Gökşin Sipahioğlu fonde en 1950 l'équipe de basket-ball Kadiköyspor qui existe encore actuellement sous le nom d'Efes Pilsen. Intégré au staff des photographes du quotidien du soir Istanbul Ekspres pour en illustrer la rubrique sportive, il se voit nommé deux ans après au poste de rédacteur en chef du journal. Gökşin Sipahioğlu profite de ces nouvelles responsabilités pour réaliser son premier grand reportage sur le conflit du Sinaï de 1956. L'importance qu'il donne à la photographie le conduit à fonder l'année suivante son propre quotidien, le Yeni Gazete, dans lequel il ouvre de larges pages à l'illustration, dans la tradition du photojournalisme alors à son apogée. L'expérience durera trois ans, jusqu'à sa nomination comme directeur de la publication du quotidien Vatan dont il rénove la formule et parvient à tripler les ventes. Son goût de l'indépendance et les dissensions surgies avec la restructuration en 1961 de Vatan décident Gökşin Sipahioğlu à devenir reporter free-lance. La même année, son reportage sur l'arrivée en Albanie des premiers conseillers chinois succédant à leurs homologues soviétiques lui vaut des publications dans nombre de titres occidentaux et la reconnaissance de la presse internationale. Gökşin Sipahioğlu n'aura dès lors de cesse de relever le défi de reportages réputés impossibles, développant un génie particulier pour franchir les enceintes les mieux verrouillées. Son reportage exclusif sur Cuba bloquée en 1962 par l'embargo décidé par les États-Unis couvrira les pages de quarante journaux américains, à la suite de quoi le quotidien turc Hürriyet lui propose le poste de grand reporter. Gökşin Sipahioğlu conservera ce titre pendant quatre ans qui le verront opérer dans quatre-vingts pays du monde – notamment dans la Chine de Mao Zedong – et produire des images diffusées par les agences Dalmas, Reporters Associés, Vizo et Gamma pour la France, Black Star aux États-Unis. Correspondant à Paris pour Hürriyet depuis 1966, Gökşin Sipahioğlu couvre les émeutes et les grèves de mai 1968, avant de se rendre à ses frais au mois d'août à la conférence des leaders communistes de Bratislava. Il sera parmi les premiers photographes étrangers à montrer l'entrée des troupes du pacte de Varsovie sur le territoire tchécoslovaque.

En 1969, avec sa compagne la journaliste américaine Phyllis Springer, Gökşin Sipahioğlu pose les bases de ce qui deviendra en 1973 sa propre agence, Sipa Press. Le développement de l'agence le conduira à abandonner son métier de photographe, qu'il exerce encore en 1970 avec deux grands reportages, au Cambodge et en Chine. Entre la création de Sipa Press et son rachat en 2001 par le groupe Sud Communication, plus de trente années se sont écoulées qui ont vu passer de jeunes reporters devenus eux-mêmes de grands noms du photojournalisme, tels que Luc Delahaye, Alexandra Boulat, Jalai Abbas, Patrick Chauvel, Reza, Michel Setboun, Alain Mingam, Françoise Demulder ou Christine Spengler. À tous, Gökşin Sipahioğlu laisse le souvenir d'une personnalité intuitive et forte, soucieuse du parcours professionnel de chacun de ses collaborateurs, relevant sa réputation de patron autocrate de réels traits de générosité. Avec l'aide de son collaborateur Ferit Duzyol, Gökşin Sipahioğlu fera un retour sur ses archives, donnant matière à ses premières expositions personnelles, au Mois de la photo à Paris (1998) et à une première rétrospective au festival international de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l'image (1999). Personnalité en vue, Gökşin Sipahioğlu se voit décerner plusieurs distinctions, la médaille du mérite en Turquie en 2000, et en France, les Arts et Lettres dont il est fait officier en 2004, puis la Légion d'honneur en 2006. La vaste rétrospective montée en 2008 à la Maison européenne de la photographie à Paris permet de mesurer l'ampleur d'une œuvre dans laquelle le don du « scoop », tant recherché par les photographes d'actualité, alterne avec un regard attentif sur des contemporains côtoyés dans le monde entier, à l'ombre de l'événement. Gö [...]

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Hervé LE GOFF, « SIPAHIOĞLU GÖKṢIN - (1926-2011) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/goksin-sipahioglu/