WOLINSKI GEORGES (1934-2015)

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Jeune dessinateur né le 28 juin 1934 à Tunis (Tunisie), Georges Wolinski entre en 1960 au journal Hara-Kiri. Il y parodie les grandes œuvres de la littérature dans un style qui rappelle celui des dessinateurs du magazine américain Mad. Une partie de ces récits sera publiée en album sous le titre Histoires lamentables (1965). Son dessin va progressivement se simplifier, et il quittera sa manière descriptive pour créer des scènes comportant, le plus souvent, deux personnages. Il fait siens les thèmes de l'équipe du journal : l'attaque systématique des tabous sexuels et des grandes institutions de la société, armée, politique, etc. Le titre de plusieurs de ses recueils, Je ne pense qu'à ça (à partir de 1968), résume bien le caractère obsessionnel que prend la sexualité dans ses œuvres comme dans celles de ses amis. Cette série fera l'objet en 1960 d'une adaptation théâtrale mise en scène par Claude Confortès. La représentation qu'il donne des relations entre hommes et femmes n'est pas, sous son aspect provocateur, dénuée d'une certaine critique à l'égard de lui-même et, à travers lui, à l'égard du comportement masculin en général.

Georges Wolinski

Photographie : Georges Wolinski

Collaborateur de la première heure de Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo, Georges Wolinski croque dans ses dessins de jolies filles en perpétuel mouvement et à la réplique facile, en pleine empathie avec la révolution sexuelle de l'après-68. On le voit ici au festival de Cannes 2008, à... 

Crédits :  Eric Catarina /Gamma-Rapho/ Getty Images

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En 1968, il collabore au journal contestataire Action, puis crée, avec Siné, L'Enragé — publication dont la périodicité est incertaine (« Nous ne savons pas encore si L'Enragé sera hebdomadaire, mensuel, quotidien ou interdit »). De toute évidence, les deux caricaturistes veulent ressusciter la violence satirique de L'Assiette au beurre. Dans ce brûlot, né à l'occasion des événements de mai, ils se déchaînent contre le général de Gaulle avec un acharnement inouï jusqu'à... l'interdiction annoncée dans l'éditorial du premier numéro. C'est à la suite de ces événements que Wolinski lancera la formule qui connaîtra une certaine fortune : « Je ne veux pas mourir idiot. » La pièce portant ce titre a été créée en 1968. De 1970 à 1980, il est rédacteur en chef du mensuel de bandes dessinées Charlie Mensuel. Dans ce magazine, il collabore en tant que scénariste à une série dessinée par Pichard, Paulette, créature aux formes provocantes qui sème le désordre par les désirs qu'elle soulève. Il participe au lancement de Charlie Hebdo, après l’interdiction d’Hara-Kiri Hebdo en 1970 par le ministère de l’Intérieur.

L'efficacité de Wolinski tient avant tout à la mise en images du discours de ce qu'il est convenu d'appeler la « majorité silencieuse » — discours qui semble débité « au mètre » par des personnages pleins de suffisance, satisfaits de n'avoir aucune idée personnelle et, du même coup, à peu près certains de rencontrer l'approbation du plus grand nombre : gens anonymes mis en place pour énoncer une parole également anonyme. Et les célébrités qui s'appuient sur cette parole font figure d'êtres encore plus anonymes que les autres.

L'œuvre de Wolinski est faite de contrastes : elle a peu à peu trouvé sa place dans l'équipe de Charlie Hebdo en opposant sa rondeur aux formes heurtées, corrosives produites par Cabu, Gébé, Reiser, Willem... Dans ses séquences, le dessinateur présente moins des caractères que des formes qui ont des fonctions d'opposition ou de complémentarité.

De 1974 à 1981, à la grande surprise de ses lecteurs et de ses amis, Wolinski collabore au quotidien communiste L'Humanité. Contraint de suivre l'actualité et de mettre en scène des personnages « ressemblants », le dessinateur ne parvient pas toujours à assurer la continuité d'un style devenu très populaire. De plus, les propos qu'il prête aux hommes politiques sont trop évidemment marqués par des convictions de fraîche date. De toute évidence, l'artiste force sa propre nature. La série de caricatures publiées dans L'Humanité et réunies en album sous le titre Dessins en l'air (1979) trahit parfois l'influence de Jacques Faizant. Cette activité ne l'empêchera pas de poursuivre sa collaboration à Charlie Hebdo jusqu'à la disparition provisoire de cette publication, en 1981.

De 1984 à 1990, Wolinski remplace son ami Reiser, décédé en 1983, comme caricaturiste du Nouvel Observateur. Son parcours est aussi éclectique qu'imprévisible, puisqu'il a travaillé pour Lui de 1972 à 1994, et qu'il a également collaboré au Journal du dimanche et à Paris-Match. Wolinski participe avec Philippe Val, Cabu et Cavanna, notamment, à la recréation de Charlie Hebdo en 1992.

En 2012, la Bibliothèque nationale de France lui consacre une rétrospective retraçant ses cinquante années de carrière à travers des dessins de p [...]

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Marc THIVOLET, « WOLINSKI GEORGES - (1934-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-wolinski/