CRINOLINE, histoire du costume

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La spécificité du costume occidental réside dans l'évolution et la transformation continuelle de la silhouette, tant masculine que féminine.

Bien que la tendance générale soit toujours à l'allongement de la silhouette par l'accentuation des verticales, certaines périodes privilégient des lignes qui s'éloignent absolument des formes naturelles. Alors que les vêtements masculins semblent rester dans les limites du raisonnable, tous les excès paraissent permis en matière de mode féminine. C'est là toute l'histoire de la crinoline, à l'origine simple étoffe de lin et de coton mêlée de crin pour la raidir, puis, par extension, jupon porté à partir de 1840 et jusque vers 1870. Le mot crinoline désigne aussi une jupe ou une robe à la mode sous le second Empire. Son succès est dû à la conjonction de plusieurs facteurs : la renaissance de la vie de cour et l'influence de l'impératrice Eugénie, l'« invention » de la haute couture par l'Anglais Worth, qui se sert de la crinoline pour établir sa réputation auprès de sa clientèle étrangère, la presse de mode illustrée, alors florissante, et enfin les manufactures et les premiers magasins de confection qui, par une politique du bon marché, démocratisent des articles atteignant ainsi toutes les couches de la société. Les « petites couturières » ont désormais à leur disposition des modèles et des patrons qu'elles exécutent rapidement pour leur clientèle grâce à la machine à coudre, largement répandue.

Dès 1815, les robes ont subi un long processus de transformation : la ligne de taille, qui était sous la poitrine, retrouve insensiblement sa place naturelle ; simultanément, la jupe s'arrondit et se gonfle, grâce à plusieurs jupons superposés et empesés. Devenus trop incommodes, ils sont remplacés par la première ébauche de la crinoline, c'est-à-dire par un jupon renforcé de crin. Au milieu du siècle, poursuivant sa croissance, la jupe se charge de volants, son diamètre s'élargit encore. Apparaît alors la crinoline telle que l'histoire l'a fait connaître, jupon de toile renforcé de cercles en fanons de baleine. Un progrès décisif est la création de la cage (1856-1858), qui substitue l'acier aux baleines, permettant de donner une plus grande envergure au jupon. La cage est constituée de cerceaux métalliques superposés et reliés entre eux par des cordons, le dispositif est ainsi allégé au maximum. Si la crinoline se répand des steppes russes au Far West, c'est parce qu'elle n'est pas seulement une manifestation de mode, elle représente un incontestable progrès : le poids de la jupe et des jupons est supporté par des cerceaux dont le diamètre reste constant, autorisant une démarche déliée et plus rapide, d'un curieux effet dû au balancement des jupes. Elle impose aussi définitivement le port des pantalons féminins en sous-vêtements. Mais ses inconvénients sont nombreux : les robes, atteignant deux mètres et plus de diamètre, nécessitent des dizaines de mètres de tissu pour leur façon ; en outre, elles donnent prise au vent et compliquent tous les gestes de la vie quotidienne, jusqu'à provoquer des accidents mortels, aussi son ampleur est-elle peu à peu reportée à l'arrière, puis des demi-crinolines apparaissent, annoncent son abandon définitif à la veille de 1870.

Armature de la crinoline

Photographie : Armature de la crinoline

Les cerceaux reliés entre eux vont soutenir l'étoffe. Photographie en noir et blanc, vers 1860. 

Crédits : London Stereoscopic Company/ Hulton Archive/ Getty Images

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Crinoline : l'habillage

Photographie : Crinoline : l'habillage

L'ampleur de la crinoline nécessite l'aide de deux personnes pour poser la jupe sur les cerceaux. Photographie en noir et blanc, vers 1860. 

Crédits : London Stereoscopic Company/ Hulton Archive/ Getty Images

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Pourtant, la crinoline n'était que la modernisation du vertugadin et des paniers. Lorsque au xvie siècle les jupes s'élargissent, elles sont soutenues par le vertugadin, ou garde-infante, d'origine espagnole : en grosse toile armée de cercles d'osier, en cône très prononcé, raide et sans grâce. Les Français l'assouplissent en nouant sous la toile, entre le vertugadin et la jupe, un bourrelet, le hausse-cul, qui répartit harmonieusement les plis de la jupe. Avec le reflux de la mode espagnole au xviie siècle, le vertugadin est moins prisé en France. Vers 1710, il revient transformé d'Angleterre, avec les robes volantes, sous le nom de panier. L'aspect de celui-ci se modifie au long du xviiie siècle, ainsi que ses dimensions. D'abord en coupole, il s'aplatit devant, se divise en deux petits paniers attachés à la taille et devient même pliant pour plus de commodité. Comme la crinoline qui engendre la tournure, ou cul-de-Paris ou encore strapontin, le panier engendre à partir de 1780 le cul postiche. À cent ans de distance, le processus évolutif est le même : les plis de la robe sont rassemblés sur les reins en drapés, pour donner d'une nouvelle silhouette.

L'ultime avatar de la crinoline est le jupon en crin de Nylon, qui soutient les [...]

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Armature de la crinoline

Armature de la crinoline
Crédits : London Stereoscopic Company/ Hulton Archive/ Getty Images

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Crinoline : l'habillage

Crinoline : l'habillage
Crédits : London Stereoscopic Company/ Hulton Archive/ Getty Images

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Renée DAVRAY-PIÉKOLEK, « CRINOLINE, histoire du costume », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/crinoline-histoire-du-costume/