BENNETT ARNOLD (1867-1931)

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Son nom est étroitement associé à la province industrielle du Staffordshire et, plus précisément, aux Potteries, haut lieu de la céramique anglaise, où se situe l'action de ses romans les plus célèbres. Arnold Bennett y passa son enfance et sa jeunesse, mais, supportant mal la tutelle de son père et l'étroitesse de son milieu familial, décida en 1889 de gagner Londres. Introduit dans le salon des Marriott, il fait son éducation aristocratique et littéraire et ne tarde pas à chercher sa voie dans le monde des lettres, avec un désir passionné de réussite et une ténacité digne d'un homme du Nord. Il connaît dès lors une célébrité sans égale que le temps a sensiblement entamée.

Ce qui frappe dans l'œuvre de Bennett, c'est à la fois sa diversité, mais aussi son inégalité. Bennett est en effet journaliste, essayiste, critique, auteur dramatique et romancier. Son journal intime, commencé en 1896 et poursuivi jusqu'à sa mort, reste encore en partie inédit ; son œuvre dramatique, écrite souvent en collaboration, est dans l'ensemble, sauf la pièce qu'il fit avec E. Knoblock, Milestones (1911), de valeur médiocre. Reste encore toute une série de romans-feuilletons, dont le plus connu est The Grand Babylon Hotel (1902). Cependant, même dans ses œuvres légères, le talent de l'écrivain se manifeste dans la verve du récit, le comique des situations ou la veine humoristique qui court dans des romans comme Buried Alive (Enterré vivant, 1908) et The Card (1911). Mais c'est bien dans les nouvelles, notamment The Death of Simon Fugue (1907), et les romans qui ont pour cadre les Potteries, d'Anna of the Five Towns (Anna des cinq villes, 1902) à These Twain (Ces deux-là, 1915), que Bennett donne toute la mesure de son talent.

Arnold Bennett est le peintre des cinq villes qui forment le district industriel des Potteries : Burslem, Hanley, Stoke, Longton et Tunstall. Cependant, sauf dans Anna, c'est moins l'activité de l'industrie locale, et les problèmes sociaux qui s'y rattachent, que les mœurs de la petite bourgeoisie commerciale des cinq villes qu'il nous présente, selon la technique réaliste des romanciers français, de Flaubert à Maupassant. Il est le chroniqueur, l'historien de la vie privée et des relations sociales de la bourgeoisie puritaine des Potteries ; ce sont les membres des professions libérales (architectes, docteurs, etc.), les boutiquiers et les imprimeurs qui lui fournissent ses personnages préférés. Bennett n'est cependant pas un romancier régionaliste, et l'intérêt de son œuvre ne réside pas dans la peinture objective d'une province ou de ses caractéristiques, mais dans l'opposition entre ce microcosme de l'Angleterre, victorienne et moralisante, et une autre Angleterre, plus moderne, plus raffinée, celle de Londres et de la haute bourgeoisie cultivée. Ses meilleurs romans sont moins une copie du réel qu'une quête de l'art de vivre, et Clayhanger apparaît ainsi comme le roman de l'éducation ou des années d'apprentissage d'Edwin.

Ce qui fait l'intérêt dramatique des romans de Bennett, c'est que l'auteur, partagé entre, d'une part, sa formation puritaine et les valeurs de son milieu familial et, d'autre part, ses impulsions personnelles, son goût de l'art et des mœurs raffinées, cherche à concilier ces deux tendances dans son œuvre.

L'aspiration à la culture et aux belles manières constitue le premier volet du diptyque : Bennett est à la recherche de ce que la culture bourgeoise peut offrir de meilleur, et son idéal trouve son incarnation dans le personnage de l'architecte, Mr. Orgreave, dans Clayhanger, dont la fonction sociale combine à la fois le prestige de la culture et les avantages d'une profession libérale. C'est ce combat pour la culture, pour un idéal de vie raffinée qui donne aux romans des cinq villes leur intensité dramatique.

L'autre volet du diptyque, ce sont les valeurs de la bourgeoisie puritaine, à l'égard desquelles l'attitude du romancier est assez ambiguë, car s'il condamne l'hypocrisie, la sévérité et l'ascétisme de ses parents, il admire leur énergie, leur volonté et leur ambition. Cette ambiguïté explique que ce grand roman, par les destins des deux sœurs, d'abord divergents, mais qui finissent par se rejoindre, soit la peinture réaliste, parfois ironique, de la bourgeoisie des cinq villes, et, en fin de compte, son apologie.

En dernière analyse, c'est moins la culture que l'ascension sociale du bourgeois qui constitue la ligne de force des romans de Bennett. Il est un personnage qui symbolise cette ascension, c'est le card, le spéculateur habile et peu scrupuleux, le héros commercial dont la réussite efface toutes les fautes : avec Daniel Defoe (1660-1731), dans la lignée duquel il se situe, Bennett partage une certaine indifférence à l'égard des fautes morales de ses personnages, pourvu qu'ils fassent preuve d'énergie, d'esprit d'initiative et qu'ils réussissent. La vérité de Bennett, c'est donc le card qui nous l'apporte : le triomphe de Bennett, après la Grande Guerre, a pour pendant dans son œuvre celui de lord Raingo, version définitive du card parvenu au faîte de sa gloire.

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Écrit par :

  • : maître assistant au Collège littéraire universitaire de Perpignan

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Pour citer l’article

Albert DENJEAN, « BENNETT ARNOLD - (1867-1931) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arnold-bennett/