FRÉNAUD ANDRÉ (1907-1993)

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Né à Montceau-les-Mines, le 26 juillet 1907, André Frénaud, après quelques études de droit et de philosophie à Paris, des voyages (U.R.S.S., Italie, Espagne), devient fonctionnaire au ministère des Travaux publics, poste qu'il occupera de 1937 à 1967. Pendant la guerre, il passe deux ans prisonnier en Allemagne, s'évade, entre dans la Résistance. Il rencontre Eluard, Aragon et de nombreux peintres qui illustreront ses ouvrages (Miró, Tàpies,Chillida, Vieira da Silva, et, surtout, Bazaine et Ubac auquel il consacrera plusieurs essais réunis en 1985 sous le titre Ubac et les fondements de son art). En 1985, il reçoit le prix national de Poésie pour l'ensemble de son œuvre. Pour l'auteur de La Sorcière de Rome (1973), l'acte poétique s'élabore au sein d'une matière vocale qui a pour tâche de donner forme — hors de tout projet idéologiquement formulable — à une interrogation qui concerne les rapports fondamentaux de l'homme au monde. La question de l'être n'est pas ici une question extérieure à l'écriture poétique. Elle en est l'âme, l'inquiétude. D'où, de son premier recueil, Il n'y a pas de paradis (1960), à Nul ne s'égare (1986), en passant par Les Rois mages (1977), ce perpétuel « va-et-vient de l'agonique primordial » qui anime la parole, l'empêche de se figer en formes fixes, rituelles, convenues (les longs poèmes que l'on a pu qualifier de « métaphysiques » — « L'Étape dans la clairière », le « Silence de Genova » — voisinent avec certaines courtes pièces à la veine satirique ou populaire, comme celles parues dans Haeres). D'un lyrisme toujours conscient des limites du genre, rongé par une ironie apprise des romantiques allemands, engagé dans les combats du siècle en faveur de la dignité et de la justice (comme en témoignent les « Poèmes de Brandebourg », « Agonie du général Krivitski » ou « Civiques »), le poème construit, fragile refuge, « souveraineté précaire », un « château » de paroles, espace pacifié, éphémère lieu de passage. Ancré dans l'histoire, enraciné souvent dans une terre, mais ne reculant pas, comme c'est le cas avec La Sorcière de Rome, devant une plongée dans le mythe qui engagea toute la psyché, proche du plus familier qui fait la vie des hommes, André Frénaud témoigne du plus inaperçu, du plus imprévisible. Le souffle, la force langagière, la maîtrise dont fait preuve le poète dès ses débuts n'assourdissent jamais le mystère indicible logé au cœur de l'« être inaccessible ».

—  Francis WYBRANDS

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Francis WYBRANDS, « FRÉNAUD ANDRÉ - (1907-1993) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-frenaud/