PATON ALAN (1903-1988)

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En 1971, dans un texte publié dans Knocking on the Door (1975), Alan Paton — né au Natal — revient, avec une pointe d'humour attendri, sur sa jeunesse : « Pinky [« Socialo »] naquit dans une maison qui n'avait pas de fenêtres... Et puis un jour, avec stupéfaction, Pinky découvrit que le monde extérieur existait. » Si l'on tient compte du contexte sud-africain, on comprend mieux pourquoi cet homme a pu passer sa vie à prôner le risque de l'ouverture et de la découverte des autres, armé de sa seule foi, et du culte qu'il voue à saint François d'Assise. Il fait sienne sa prière, qu'il cite dans Instrument of Thy Peace (1968) : « C'est en donnant que nous recevons, c'est en pardonnant que nous sommes pardonnés. » Paton ne cesse de frapper aux portes de l'indifférence.

Son ardeur et sa ferveur l'amènent à se partager en de multiples activités : membre de la communauté anglaise, il tente de comprendre le monde fermé des Afrikaners, tout en se consacrant, de 1935 à 1948, à de jeunes délinquants noirs, à Diepkloof ; il devient secrétaire, puis président du Parti libéral de 1956 à 1968, date de dissolution de cette espérance en l'avenir du pays. Il se heurte, ici comme ailleurs, aux foudres du pouvoir. Il s'intéresse au journalisme (Contact, 1958-1968), au théâtre, à la prière, à la poésie, et plus particulièrement à l'élégie (Kentakion for You Departed, dédié à sa femme Dorrie décédée en 1967), à la biographie historique (Hofmeyr, 1964). En 1946, il parcourt le monde pour dénoncer un système pénal qui réprime au lieu d'assister. Mais il revient souvent au roman, qui est sans doute le plus apte à porter son message.

La réconciliation demeure le thème essentiel de Cry, the Beloved Country (Pleure, ô pays bien-aimé, 1948), dont le récit dépouillé a le rythme d'une tragédie grecque. Les deux premiers temps sont constitués par la quête des pères, l'un noir et l'autre blanc, partis chercher leurs enfants dans une ville qui demeure le lieu de la perdition. Le troisième temps est celui de la rédemption et du retour à la terre : le fils du Blanc mettra ses compétences au service du Noir. Dans Too Late the Phalarope (1953), Paton l'anglophone nous brosse le portrait poignant d'un policier afrikaner déchiré entre son éducation puritaine et ses amours impossibles pour une femme de couleur. L'œuvre frappe par sa force et sa pudeur. En 1961, il se tourne vers la nouvelle, qu'il maîtrise admirablement (Debbie Go Home). L'expérience cruciale de Diepkloof s'extériorise dans la nouvelle intitulée Sponono, dont Paton titre une pièce en 1963 ; l'éducateur se voit interpellé par sa propre charité : du donneur et du receveur, qui donc demande le plus à être reconnu par l'autre ; La structure d'un roman comme Ah, But Your Land is Beautiful (1981) annonce de grandes ambitions : l'édifice romanesque s'organise autour de trames qui s'enchevêtrent et accueillent les faits divers ainsi que les lettres d'un « corbeau ». L'appel à la réconciliation est aussi fort que dans The Quarry, nouvelle parue au Cap en 1967, où l'on voit un jeune Noir voler au secours d'un jeune Blanc, en dépit des interdits, sur la muraille abrupte d'une carrière. Le héros est acclamé par la foule qui s'est agglutinée au pied de la paroi et où toutes les races se côtoient, comme si les personnages étaient tout à coup touchés par le « Christmas Spirit » cher à Dickens : une foule semblable à celle qui s'était recueillie sous les voûtes d'une église, lors des obsèques d'Edith Jones, une militante blanche, ce qui fit dire à Paton : « J'eus là une vision qui ne devait jamais plus me quitter. »

Dès la parution de Pleure, ô pays bien-aimé, des écrivains noirs comme L. Nkosi et B. Modisane avaient dénoncé ce roman comme une version sud-africaine de l'Oncle Tom. Une ferveur toute franciscaine et la foi opiniâtre du charbonnier peuvent-elles être assez fortes pour renverser l'ordre des privilèges établis ; Mais Paton ne se fait pas trop d'illusions. Ce qu'il affirme, en tant qu'écrivain, c'est le devoir d'Antigone, le droit à protester. Ce qu'il maintient, c'est qu'une société n'a plus rien de chrétien lorsqu'elle pense « consolider son avance en la refusant aux autres ».

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  • : professeur émérite à l'université Paul-Valéry, Montpellier

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Jean SÉVRY, « PATON ALAN - (1903-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alan-paton/