BOSQUET ALAIN (1919-1998)

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« Naître en Russie, grandir en Belgique, fuir aux États-Unis, apprendre la paix en Allemagne, vivre en France : cela ne fait pas sérieux. C'est mon destin. Tour à tour j'en ai honte, et me dis que cela peut avoir autant d'importance qu'une virgule dans un poème ; pas plus. » Alain Bosquet, lui-même, met ainsi ses lecteurs en garde contre une interprétation biographique un peu hâtive de ses livres. Est-il pour autant hasardeux de considérer que ce poète s'est constitué à l'ombre de langages divers et sous les effets de leur confrontation : celle qu'inévitablement suppose une existence cosmopolite ?

Poèmes, un (1979) rassemble divers ouvrages parus de 1945 à 1967, essentiellement les Quatre Testaments, longs monologues dans lesquels le poète met en œuvre un esprit de destruction rageur, volontiers provocateur et hautain.

Mais cet anticonformisme se trouve, paradoxalement, canalisé par l'usage de l'alexandrin, mis en quatrains rimés, sans nul souci de distorsion du moule ancien. C'est le vers libre, à l'inverse, qui est utilisé dans les textes brefs de Poèmes, deux (Les Notes) qui rassemble 100 Notes pour une solitude (1970), Notes pour un amour (1972), Notes pour un pluriel (1974). Après Le Livre du doute et de la grâce (1977), Alain Bosquet publie les Sonnets pour une fin de siècle (1981) qu'il a voulu enraciner dans le vocabulaire et le réel quotidiens, puis Bourreaux et acrobates (1989) et Le Gardien des rosées (1991).

C'est en contraste avec son œuvre poétique qu'Alain Bosquet conçoit sa production romanesque. Afin de conserver à la première sa spécificité, l'auteur de La Confession mexicaine (1965) ou d'Une mère russe (1978) cède volontairement à sa tendance au prosaïsme, tout en s'attachant à montrer le spectacle de l'histoire, avec ses grands et ses petits acteurs. Le choix de ces derniers, tout comme celui de l'époque historique, quitte peu le terrain de l'autobiographie : les grands événements vécus de près ou de loin par l'auteur, les êtres proches, la mère et le père, Alain Bosquet lui-même qui devient le jeune Tolia de la trilogie Les Trente Premières Années (L'Enfant que tu étais, 1982 ; Ni guerre ni paix, 1983), image complexe d'un enfant, puis d'un adolescent, de l'entre-deux-guerres pour qui (dans son visible goût pour le paradoxe) la guerre éclate comme un coup de scalpel dans la médiocrité ambiante.

—  Jacques JOUET

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Jacques JOUET, « BOSQUET ALAIN - (1919-1998) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 décembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/alain-bosquet/