La vie et l'œuvre de Jean Tortel ont essentiellement pour cadre le midi de la France : l'écrivain naît à Saint-Saturnin-lès-Avignon. C'est à Gordes puis à Marseille que se déroule la majeure partie de sa carrière. Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, il participe à l'aventure des Cahiers du Sud de 1938 à 1966. À lire ses poèmes, et sous le choc de leur exemplaire densité, on ne peut que reconnaître, avec leur auteur, « la primauté de la tension », dans le fonctionnement du langage. Aux sources de cette poétique, Jean Tortel rend volontiers hommage à quelques noms : celui de Jean Royère, le créateur du musicisme au début de ce siècle, qui publia les premiers textes du poète et fit entrer celui-ci aux Cahiers du Sud ; celui de Mallarmé et de Malherbe ; celui de Maurice Scève, enfin, auquel Jean Tortel empruntera un morceau de vers pour titrer son essai Le Discours des yeux (1982).
Jean Tortel est de ceux qui fascinent, en amont du poème, le « corps visible » et le regard. Le désir perceptif préexiste toujours à l'action du langage : « ... Si la poursuite oculaire, premier acte du jeu dérangeant, aboutit à un second discours, qui la figurera […]
