Comme Lartigue, le Britannique Cecil Beaton, issu d'une riche famille, a découvert la photographie très tôt. En 1916 exactement : il avait douze ans. Avec une pointe de forfanterie, il prétendait même s'y être intéressé dès l'âge de trois ans. Ce qui est certain, c'est que toute son enfance fut marquée par le théâtre et les images victoriennes qu'il collectionnait avec passion. Et qu'à douze ans on lui offrit un appareil photographique. Ses premiers modèles seront ses sœurs Barbara et Nancy. Leur gouvernante Babi développe les photographies dans la baignoire et fait les tirages. Cecil, lui, déguise ses sœurs en costumes d'époque, les met en scène dans des décors de rêve réalisés à l'aide de morceaux d'étoffe trouvés dans le grenier de la maison paternelle et de toutes sortes d'accessoires, et règle les éclairages. La prééminence de la mise en scène sur la technique photographique proprement dite, qui sera à la fois l'originalité et la limite de Cecil Beaton, est donc peut-être héritée en partie de Adolphe De Meyer, comme on l'a dit, mais elle procède aussi d'un mouvement plus profond.
Son père l'envoie étudier à Harrow puis à Cambridge et le destine à entrer dans un Office de la City. La photographie est-elle oubliée pour autant ? Non. Cecil improvise un studio de portrait chez lui. Se perfectionne. Éblouit son entourage. Et, en 1930, expose ses photographies à la galerie Cooling à Bond Street. C'est là qu'il rencontre l'éditeur américain de Vogue, rencontre déterminante pour la suite de sa carrière.
Il part pour l'Amérique, pour Hollywood notamment, où son goût du théâtre se donne libre cours. Tout jeune, il observait à la loupe les photos de décors publiées dans les magazines spécialisés pour voir de quoi était fait cet artifice de la scène qui le séduisait tant. À Hollywood, domaine du rêve et de l'illusion, il est à son affaire. Il va se laisser aller à toute son extravagance, à son penchant pour l'ornementation et la surcharge décorative qui lui viennent de la photographie victorienne. La première impression que lui laisse u […]
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