En 1971, dans un texte publié dans Knocking on the Door (1975), Alan Paton — né au Natal — revient, avec une pointe d'humour attendri, sur sa jeunesse : « Pinky [« Socialo »] naquit dans une maison qui n'avait pas de fenêtres... Et puis un jour, avec stupéfaction, Pinky découvrit que le monde extérieur existait. » Si l'on tient compte du contexte sud-africain, on comprend mieux pourquoi cet homme a pu passer sa vie à prôner le risque de l'ouverture et de la découverte des autres, armé de sa seule foi, et du culte qu'il voue à saint François d'Assise. Il fait sienne sa prière, qu'il cite dans Instrument of Thy Peace (1968) : « C'est en donnant que nous recevons, c'est en pardonnant que nous sommes pardonnés. » Paton ne cesse de frapper aux portes de l'indifférence.
Son ardeur et sa ferveur l'amènent à se partager en de multiples activités : membre de la communauté anglaise, il tente de comprendre le monde fermé des Afrikaners, tout en se consacrant, de 1935 à 1948, à de jeunes délinquants noirs, à Diepkloof ; il devient secrétaire, puis président du Parti libéral de 1956 à 1968, date de dissolution de cette espérance en l'avenir du pays. Il se heurte, ici comme ailleurs, aux foudres du pouvoir. Il s'intéresse au journalisme (Contact, 1958-1968), au théâtre, à la prière, à la poésie, et plus particulièrement à l'élégie (Kentakion for You Departed, dédié à sa femme Dorrie décédée en 1967), à la biographie historique (Hofmeyr, 1964). En 1946, il parcourt le monde pour dénoncer un système pénal qui réprime au lieu d'assister. Mais il revient souvent au roman, qui est sans doute le plus apte à porter son message.
La réconciliation demeure le thème essentiel de Cry, the Beloved Country (Pleure, ô pays bien-aimé, 1948), dont le récit dépouillé a le rythme d'une tragédie grecque. Les deux premiers temps sont constitués par la quête des pères, l'un noir et l'autre blanc, partis chercher leurs enfants dans une ville qui demeure le lieu de la perdition. Le troisième temps est celui de la rédemption et du r […]
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