La Cour suprême des États-Unis au XIXe siècle

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La Cour suprême des États-Unis a gagné son plein rôle de contre-pouvoir sous la présidence de John Marshall. En 1803, dans l'arrêt Marbury contre Madison, la Cour jugeait pour la première fois une loi du Congrès inconstitutionnelle.
Pour le juge Marshall et ses pairs, il fallait préserver l'autorité du gouvernement fédéral, ce qui impliquait le pouvoir de censurer non seulement les lois du Congrès mais aussi les lois des différents États. C'est en 1810 qu'une loi d'un État sera pour la première fois déclarée inconstitutionnelle.
Si John Marshall était un fédéraliste, partisan d'un gouvernement central fort, son successeur, Roger Taney, incarne la montée d'une réaction contre le centralisme, au moment où le pays se lance à la conquête de l'Ouest. Sous sa présidence, de 1836 à 1864, la Cour aura tendance à défendre les droits des États plutôt que ceux de l'ordre fédéral.
Mais le juge Taney reste surtout connu pour l'affaire Dred Scott, en 1856, qui a profondément divisé les États-Unis.
Esclave, Dred Scott avait quitté un État esclavagiste pour s'établir dans un État libre, puis était revenu dans un État esclavagiste. Avait-il, par ces circonstances, acquis sa liberté ? La conclusion du jugement fut que les esclaves n'avaient pas le moindre droit à la citoyenneté.
La question était trop politique pour que la Cour soit en mesure de la trancher à elle seule, et la Constitution elle-même était trop évasive pour permettre aux juges de se prononcer en droit.
L'élection d'Abraham Lincoln en 1860 fut une victoire des abolitionnistes opposés à cette jurisprudence. Celle-ci ne sera enfin renversée qu'après une guerre civile et l'adoption du 13e amendement abolissant l'esclavage, du 14e garantissant l'égalité des droits et du 15e, prohibant le refus du droit de vote pour des motifs raciaux.