Marée noire : le Torrey canyon, 1967

Crédits : Pathé

On avait annoncé à grands cris la marée du siècle, c'est la marée noire qui est venue. La Bretagne figure aujourd'hui parmi les victimes du naufrage du Torrey Canyon. Lorsque le plan Orsec s'est déclenché, l'attaque surprise de la nappe de pétrole avait déjà porté ses coups sur les Côtes-du-Nord [Côtes-d'Armor] et l'Ille-et-Vilaine ; Ouessant et le Finistère étaient menacés. Contre cet ennemi fluide, insinuant, tenace, il faut avouer après plusieurs jours d'expérience qu'il n'y a pas de parade éclair ni de contre-attaque immédiatement efficace. Les seaux et les pelles, utilisés dès la première vague d'assaut, devaient se révéler finalement comme les armes les plus sûres, mais elles exigent beaucoup de bras, une ténacité inépuisable dans la tâche la plus rebutante qui soit. Et, une fois recueilli le mazout, un autre problème se pose : comment s'en débarrasser ? Certes, les bonnes volontés n'ont pas manqué dans cette lutte au corps à corps sur le front marin qui va de Paimpol à Morlaix mais, trop souvent, les moyens employés paraissaient bien faibles au regard de l'ampleur de l'invasion. Du moins, comme dans toutes les batailles, les stratèges n'ont-ils pas fait défaut : spécialistes du détergent et du lavage à l'eau claire, chimistes ingénieux, petits inventeurs. Mais ni les procédés miracles ni les expériences farfelues n'ont apporté de solutions véritablement satisfaisantes. Des parades plus sérieuses ont été mises en œuvre pour tenter de protéger les côtes et les plages où n'avait pas encore déferlé le flux maudit : barrages de polyester ou de paille enveloppés dans des filets. Dans la construction de ce "mur de la Manche", le dévouement des soldats est à inscrire au communiqué. Mais ici, encore combien fragiles et précaires apparaissent ces barricades, opposées à la fureur du mazout.