Edouard Leclerc : les grands débuts, 1959

Crédits : Pathé

C'est une histoire qui a fait du bruit non seulement dans Landerneau, où elle a pris naissance, mais dans la France entière et au-delà. Le héros : Édouard Leclerc, trente-trois ans. Il y a dix ans, il se lançait dans l'aventure commerciale avec 5000 francs et un hangar construit de ses propres mains à Landerneau. Aujourd'hui, son chiffre d'affaires annuel frise les 300 millions. La formule de Leclerc : acheter directement aux fabricants un certain nombre de produits de grande consommation et les revendre directement aux consommateurs, majorés de la seule marge du grossiste, 8 p. 100. Le grand rêve de Leclerc est en effet de raccourcir au maximum le circuit actuel de distribution qui lui paraît beaucoup trop compliqué et dont finalement le consommateur fait les frais. Les intermédiaires s'ajoutent aux intermédiaires comme les barreaux d'une échelle, une échelle à laquelle les prix grimpent allègrement. En pratiquant la vente directe de certains produits d'épicerie et de droguerie et en réduisant le plus possible ses frais généraux, Leclerc obtient une baisse moyenne de 20 p. 100. Ce système simple mais révolutionnaire a fait l'effet d'une bombe non seulement dans le monde de l'épicerie mais dans les milieux économiques européens où Leclerc compte des partisans acharnés et des détracteurs qui ne le sont pas moins. Ce franc-tireur de la baisse a voulu faire du prosélytisme. Il a choisi Grenoble, ville en pleine expansion, considérée jusqu'ici comme une des capitales françaises de la vie chère, et il y a monté un magasin selon sa formule :un magasin très modeste d'apparence car, selon lui, le meilleur service que l'on puisse donner à la clientèle c'est le bon marché. Le résultat ne s'est pas fait attendre : une réaction vigoureuse des épiceries indépendantes et des grosses affaires a fait de Grenoble un champs clos où l'on s'est battu à coup de surenchères, et le véritable vainqueur de cette lutte a été le consommateur. Depuis cette aventure, on commence à prendre au sérieux l'épicier franc-tireur.