La Chute de Simon le Magicien, basilique Sainte-Madeleine de Vézelay, XIIe siècle

Crédits : Encyclopædia Universalis France

La Chute de Simon le Magicien figure sur l'un des chapiteaux de la nef de l'ancienne basilique Sainte-Marie-Madeleine à Vézelay. Sur la face centrale du chapiteau est sculpté un personnage qui tombe du haut d'une tour. Deux démons apparaissent, l'un en contrebas, le tirant par les cheveux, l'autre sur la droite de la corbeille, l'agrippant par le bras. Sur les deux faces latérales du chapiteau, à gauche et à droite, deux autres personnages sont représentés, les mains jointes, en prière. Le sculpteur anonyme a ainsi rapporté l'épisode de la Chute de Simon le Magicien, entre les saints apôtres Pierre et Paul, à Rome.

Il emprunte son sujet au texte apocryphe des Actes de Pierre et de Simon (fin IIe-début IIIe siècle), qui relate comment Pierre dut se mesurer à Simon et comment, en présence de l'empereur Néron et avec l'aide de Paul, il en triompha, au terme d'un débat judiciaire. Simon décide de s'envoler au ciel pour rejoindre son père. Il prend son envol, mais, à cause des prières de Pierre et de Paul, retombe lourdement et s'écrase sur le sol.

Dans la cathédrale Saint-Lazare, à Autun, les deux épisodes sont sculptés sur deux chapiteaux de la nef, qui se font face. À Vézelay, ils se trouvent condensés sur un seul chapiteau, dans le collatéral sud de la nef, auquel répond un chapiteau du narthex, sur lequel est montré saint Pierre ressuscitant l'esclave que Simon avait fait périr par un sortilège. Une correspondance est volontairement établie entre les deux épisodes représentés l'un après l'autre, en suivant l'ordre du récit.

À Vézelay, sous l'abbatiat de Renaud, comme à Autun, sous celui d'Étienne de Bagé, et ce en relation étroite avec les thèmes développés par la Réforme grégorienne, la figure de Simon et son châtiment valent avertissement. La chute attend tous ceux qui, à l'époque, font trafic d'objets saints (des reliques notamment), de biens spirituels et de charges ecclésiastiques. La papauté romaine entend bien mettre alors un terme à ces pratiques.

Sur les faces latérales du chapiteau de Vézelay, saint Pierre est montré tonsuré, saint Paul, le front haut et dégarni. Par ces deux indices, qui se répandent au cours du XIIe siècle sur d'autres supports, dans des milieux très proches des réformateurs religieux, on entend rappeler leur appartenance à l'Église, et affirmer le caractère sacré de l'ordre clérical. Dans ces conditions, Simon le Magicien prête son nom au mot, qui commence alors à être employé, de simonie, pour condamner la confusion du spirituel avec le temporel.

Ici sont utilisées au mieux les possibilités qu'offre la sculpture du chapiteau historié. À Vézelay, toujours dans la nef, se développe, sur ces mêmes principes, un projet narratif très précis, qu'illustre le chapiteau dit « du Moulin mystique ».

Auteur : Daniel RUSSO