Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, A. Canova

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Psyché ranimée par le baiser de l'Amour fut commandé à Antonio Canova, en 1787, par un Anglais, le colonel John Campbell, qui visitait l'Italie, alors que l'artiste se reposait à Naples après avoir achevé le monument funéraire du pape Clément XIV. Le groupe de Psyché appartient à un autre genre de la sculpture, celui des figures « aimables et délicates », pour reprendre les termes de l'artiste. Plus directement inspiré de l'Antique, alors la référence esthétique par excellence, il allait définitivement faire de Canova l'héritier des grands sculpteurs grecs et romains, aussi bien que le digne successeur de Michel-Ange et de Bernin. Il lui fallut cinq ans pour l'exécuter, depuis les petites esquisses en terre cuite et les dessins où il met en place la composition générale, jusqu'au modèle en plâtre, aujourd'hui disparu, à partir duquel il sculpta le marbre final, terminé à l'automne de 1793.

L'histoire de Psyché, racontée par Apulée dans L'Âne d'or, était une des plus célèbres légendes de l'Antiquité. Elle inspira de très nombreux artistes, mais Canova choisit d'en illustrer l'un des épisodes les moins connus. Psyché, qui s'est évanouie, est près de mourir, après avoir ouvert le vase offert par Proserpine dans l'Hadès, séjour des morts . un vase que Vénus lui avait recommandé de tenir fermé. Elle va pourtant être ranimée par le baiser divin de l'Amour.

Autant que la parfaite illustration d'un texte célèbre, c'est le tour de force technique représenté par l'exécution d'un tel groupe qui suscita l'admiration des contemporains. Canova devait d'ailleurs en réaliser, dès 1794, une réplique pour le prince russe Youssoupov. Il créa un nouveau modèle, la principale variante résidant dans le vêtement de Psyché, couvrant davantage ses jambes.

Dans la composition générale, Canova joue aussi bien sur les pleins que sur les vides, en particulier avec les bras de Psyché et les ailes de l'Amour, qui encadrent délicatement les deux visages rapprochés. Le détail de la sculpture est tout aussi important. Canova s'est attaché à donner l'illusion des matières, ainsi dans le contraste subtil entre les cheveux de Psyché et les plis du tissu, ou encore dans l'attache des ailes de l'Amour. Le contraste est encore plus net entre le socle, laissé presque brut, à l'imitation d'un rocher, et la finesse du poli des chairs. Volontairement enfin, l'artiste n'a privilégié aucun point de vue. Il invite à tourner autour du groupe, à le regarder d'en haut ou d'en bas pour le découvrir peu à peu, donnant ainsi l'impression de figures vivantes.

Le colonel Campbell avait également commandé au sculpteur un autre groupe, terminé en 1797, où Psyché, debout, offre à l'Amour qui l'enlace un papillon, symbole de l'âme. En insistant sur l'innocence de Psyché, ce groupe répond au premier, qui illustrait les aspects plus charnels de la légende. Les deux versions furent rapidement acquises par Murat, et, envoyées en France, y obtinrent un succès considérable. Elles entrèrent dans les collections impériales, puis au Louvre.

L'influence de Canova se lit sans aucun doute dans L'Amour d'Antoine Denis Chaudet, dont le plâtre original fut réalisé en 1802, peu après que les deux versions originales de Psyché eurent été connues à Paris. Mais cette influence dépassa les limites de la France. Le Danois Berthel Thorvaldsen en est l'exemple le plus représentatif, même si son style se veut plus archaïsant que celui de son modèle. La carrière ultérieure de Canova fut tout aussi brillante, et si d'autres de ses sculptures, plus sévères, comme Thésée et le Minotaure (1781-1783), sont aujourd'hui un peu plus négligées qu'à son époque, où l'on crut voir revivre en lui Phidias, il n'en va pas de même de Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, ou d'un autre de ses nus féminins célèbres, celui de Pauline Borghèse (1805-1808) en Vénus victorieuse.

Auteur : Barthélémy JOBERT

Bibliographie :
I. LEROY-JAY LEMAISTRE, Canova : Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, Musée du Louvre-Réunion des musées nationaux, Paris, 2003.