Le déchiffrement des hiéroglyphes

Crédits : Encyclopædia Universalis France

En étudiant les cartouches des souverains d'ascendance grecque, Champollion repère les lettres communes de Ptolémée et de Cléopâtre. Il peut en déduire la valeur phonétique de plusieurs hiéroglyphes, et se rend compte qu'un même son peut être rendu par différents signes. Sa connaissance approfondie de diverses langues orientales lui fait également comprendre que l'égyptien ne note pas normalement les voyelles courtes.
Contrairement aux autres savants de l'époque, Champollion ne limite pas son investigation à la pierre de Rosette et à quelques obélisques. La multiplicité de ses sources de comparaison lui permet d'établir de nombreux parallèles et d'aboutir à des résultats plus sûrs que ses concurrents. Il remarque ainsi que les deux derniers signes du cartouche de Cléopâtre figurent à la fin de noms de déesses et de reines, et comprend qu'il s'agit d'une désinence du féminin.
Sa rigueur scientifique lui permet bientôt de déchiffrer de nouveaux cartouches. Il reconnaît le nom d'Alexandre, puis celui du titre « César », là où Thomas Young croyait pouvoir lire « Arsinoé ».
Comme plusieurs savants de l'époque, Champollion sait que le copte, la langue liturgique des chrétiens d'Égypte, dérive de l'égyptien ancien. Mais alors que d'autres, comme Silvestre de Sacy, Johann David Akerblad ou Thomas Young, sont persuadés que tous les hiéroglyphes représentent des sons, Champollion comprend que l'écriture égyptienne est un système mixte, composé à la fois d'idéogrammes et de phonogrammes.
Un jour, il remarque un cartouche composé d'un soleil, qui en copte se dit « re », d'un signe inconnu et de deux signes qu'il a identifiés comme des « s ». Et s'il s'agissait de « Ramsès », l'un des pharaons les plus connus ? Dans ses documents, il trouve un autre cartouche, comportant un ibis, l'oiseau du dieu Thot, le même signe inconnu qu'il pressent être « ms » et un « s ». Sa lecture littérale donne « Thoutmès », c'est-à-dire « Thoutmosis », lorsqu'on restitue les voyelles. Champollion est enfin sûr d'avoir trouvé la clé des hiéroglyphes.