1er-31 août 1990Crise du Golfe. Crise internationale déclenchée par l'Irak

 

Le 1er, les pourparlers entamés la veille à Djeddah (Arabie Saoudite) par l'Irak et le Koweït en vue de résoudre leur différend frontalier et pétrolier échouent en raison de la position dure adoptée par Bagdad.

Le 2, des troupes irakiennes fortes d'au moins cent mille hommes, qui avaient été massées à la frontière depuis le 24 juillet, envahissent le Koweït et occupent la capitale sans rencontrer beaucoup de résistance : la supériorité militaire irakienne est écrasante. L'émir Cheikh Jaber al-Ahmed al-Sabah se réfugie en Arabie Saoudite. L'Irak annonce qu'il est intervenu « à la demande du nouveau gouvernement du Koweït libre et provisoire », qui proclame le renversement de la monarchie. L'invasion du Koweït est presque unanimement condamnée dans le monde, où elle est présentée à la fois comme un acte d'expansionnisme en direction d'un territoire convoité depuis toujours et comme un « hold-up » visant les richesses du royaume pétrolier. Washington, Paris et Londres gèlent les avoirs financiers irakiens et koweïtiens. Moscou suspend ses livraisons d'armes à l'Irak, son ancien allié dans la région. Ils sont imités les jours suivants par de nombreux autres pays. Cependant, à l'exception de l'Algérie, du Maroc et du Liban, les pays arabes adoptent une attitude prudente. En l'absence du représentant du Yémen, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. adopte à l'unanimité une résolution exigeant « le retrait immédiat et inconditionnel » des forces irakiennes.

Le 3, face au mouvement des troupes irakiennes en direction de la frontière saoudienne, le président américain George Bush met en garde Bagdad contre toute atteinte à l'« intégrité » de l'Arabie Saoudite. Il annonce l'envoi d'une importante flotte militaire en Méditerranée. À Moscou, les chefs de la diplomatie américaine et soviétique James Baker et Edouard Chevardnadze définissent une position commune et appellent la communauté internationale à « prendre des mesures pratiques » contre l'Irak. À leur tour, le Conseil de coopération du Golfe (C.C.G.) et le Conseil ministériel de la Ligue arabe – à l'exception de l'Irak, de la Jordanie, du Yémen, du Soudan et de l'O.L.P. – dénoncent l'agression irakienne.

Le 4, le « gouvernement provisoire » koweïtien annonce la création d'une « armée populaire » dans laquelle s'engagent les jours suivants des centaines de milliers de « volontaires » irakiens. La C.E.E. impose un double embargo sur le pétrole irakien et koweïtien et sur les ventes d'armes à l'Irak.

Le 6, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. adopte une résolution qui instaure le boycottage commercial, financier et militaire de l'Irak : seuls Cuba et le Yémen s'abstiennent.

Le 7, le président irakien Saddam Hussein déclare que l'intervention de l'Irak au Koweït « met fin à un partage colonial » inéquitable des richesses de la région. Après la fermeture en Arabie Saoudite et en Turquie des oléoducs venant d'Irak, toutes les voies d'acheminement du pétrole irakien sont coupées. Avec l'accord de Riyad, George Bush ordonne l'envoi en Arabie Saoudite d'importantes forces terrestres et aériennes dans le cadre d'une « force multinationale », afin de prévenir toute agression irakienne. Tout en s'affirmant solidaire des décisions de l'O.N.U., Moscou prône la prudence, déclare vouloir privilégier un règlement politique et être opposé à toute opération militaire unilatérale. Une cinquantaine de navires de guerre américains, britanniques, français et soviétiques se trouvent dans la région du Golfe ou s'en rapprochent.

Le 8, Bagdad annonce la « fusion totale et irréversible » de l'Irak et du Koweït et se déclare « prêt à la confrontation » avec les États-Unis. Tandis que les premiers soldats américains atterrissent à Dharan (Arabie Saoudite), George Bush prévient Bagdad que toute utilisation de l'arme chimique sera traitée « très sévèrement » par les États-Unis.

Le 9, l'Irak décide de fermer ses frontières aux étrangers résidant dans le pays et exige le transfert des ambassades étrangères de Koweit-City à Bagdad. Le Conseil de sécurité de l'O.N.U., à l'unanimité, déclare « nulle et non avenue » l'annexion du Koweït par l'Irak. À Washington, le Pentagone se dit prêt à engager deux cent cinquante mille soldats dans la région du Golfe dans le cadre de l'opération défensive baptisée Bouclier du désert.

Le 10, Saddam Hussein lance un appel à la guerre sainte afin de défendre La Mecque. Au Caire, douze des vingt membres présents à la réunion extraordinaire de la Ligue arabe adoptent une résolution qui appuie la demande des pays du Golfe concernant le déploiement d'une force arabe dans la région. L'Irak, la Libye et l'O.L.P. votent contre.

Le 11, des manifestations pro-irakiennes se multiplient en Jordanie, au Yémen, en Mauritanie, au Soudan, en Algérie, en Libye et en Cisjordanie. Tandis que le premier contingent égyptien arrive en Arabie Saoudite, précédant de peu ceux du Maroc et de la Syrie, Tunis et Amman condamnent l'intervention étrangère dans les affaires arabes.

Le 12, Saddam Hussein propose un règlement de la crise du Golfe, qu'il subordonne notamment au retrait des forces israéliennes des territoires occupés et du sud du Liban et à celui des forces syriennes du Liban.

Le 13, alors que l'Arabie Saoudite refoule le premier pétrolier irakien, les États-Unis et la Grande-Bretagne se disent prêts à intercepter les navires qui violeraient l'embargo. Paris critique dans un premier temps l'initiative anglo-saxonne d'imposer un blocus que l'O.N.U. n'a pas voté. Le porte-avions Clemenceau appareille de Toulon pour le Golfe où d'autres navires français l'ont précédé.

Le 15, dans un message au président iranien Hachemi Rafsandjani, Saddam Hussein déclare accepter la plupart des conditions mises par l'Iran à la signature d'un accord de paix : il reconnaît l'accord d'Alger de 1975 qui fixe la frontière entre les deux pays au milieu du Chatt-al-Arab, annonce l'évacuation des zones toujours occupées par l'Irak et propose l'échange de tous les prisonniers de guerre.

Le 16, l'Iran accueille favorablement les propositions de paix de l'Irak tout en affirmant que celles-ci sont indépendantes de l'occupation du Koweït, qu'il condamne. Le roi Hussein de Jordanie, dont le pays est placé en première ligne, tente une opération de médiation auprès de George Bush, mais sans résultat.

Le 17, l'Irak et l'Iran commencent à échanger leurs prisonniers de guerre. Du 17 au 21, les troupes irakiennes se retirent des territoires qu'elles occupaient encore en Iran.

Le 18, les autorités de Bagdad annoncent leur intention de retenir les ressortissants des pays hostiles tant que la menace de guerre contre l'Irak subsistera. Elles précisent que ces étrangers seront regroupés dans les installations stratégiques civiles et militaires du pays et que l'embargo international risque de les affamer. Il y a environ douze mille ressortissants occidentaux ou japonais en Irak et au Koweït, dont environ cinq cent soixante Français.

Le 19, les autorités irakiennes lient le départ des étrangers à la levée des sanctions économiques, au retrait des forces étrangères de la région et prônent un règlement de la crise dans un cadre strictement arabe. Les pays occidentaux continuent à exclure tout marchandage avec l'Irak.

Le 20, Bagdad demande aux ambassades étrangères au Koweït de cesser toute activité avant le 24 à minuit. Le président américain, qui emploie pour la première fois le terme d'« otages », annonce le déploiement de forces américaines dans les Émirats arabes unis et l'envoi en Arabie Saoudite de bombardiers F117-A « furtifs », qui viennent s'ajouter aux très nombreuses forces américaines déjà présentes dans la région.

Le 21, le président irakien et son ministre des Affaires étrangères Tarek Aziz présentent des offres de dialogue aux Occidentaux, que ceux-ci rejettent. S'engageant plus fermement derrière les États-Unis, la France et les pays européens – dans le cadre de la C.E.E. et de l'U.E.O. – se déclarent favorables au recours à la « contrainte » contre l'Irak.

Le 22, pour la première fois depuis la guerre du Vietnam, le président américain annonce le rappel d'environ cinquante mille réservistes afin de combler les vides causés par l'envoi des soldats dans le Golfe : le nombre de ces derniers, qui atteint déjà cinquante mille, continue à croître.

Le 23, Saddam Hussein fait sa première apparition à la télévision depuis le début de la crise, entouré de familles britanniques retenues en otages et notamment d'enfants. Cette mise en scène suscite une vive indignation à travers le monde.

Le 24, une trentaine d'ambassades étrangères à Koweit-City rejettent l'ultimatum irakien. Certaines d'entre elles sont encerclées par l'armée, et des coupures d'eau et d'électricité leur sont imposées.

Le 25, après que le président soviétique a tenté jusqu'au bout de convaincre le président irakien de respecter les résolutions de l'O.N.U., l'U.R.S.S., toujours favorable à une solution pacifique et politique, signe avec les autres membres du Conseil de sécurité la résolution 665 qui autorise le recours à la force en cas de nécessité pour faire respecter l'embargo – ainsi transformé en blocus – contre l'Irak. Cuba et le Yémen s'abstiennent de nouveau. Le président autrichien Kurt Waldheim se rend à Bagdad, où il rencontre Saddam Hussein et obtient la libération des quatre-vingt-quinze Autrichiens retenus en Irak. Son initiative isolée, qui lui vaut des éloges dans son pays, est très sévèrement jugée dans les autres capitales occidentales.

Le 28, un décret irakien confirme l'annexion du Koweït en en faisant une province de l'Irak. Les autorités de Bagdad donnent l'ordre à leurs navires marchands de ne pas résister aux tentatives d'arraisonnement dans le cadre du blocus. Après une nouvelle rencontre télévisée avec des otages, Saddam Hussein annonce la prochaine libération des femmes et des enfants et offre de négocier directement avec Margaret Thatcher et George Bush.

Le 30, George Bush demande que « d'autres pays portent leur juste part » du fardeau financier de l'opération Bouclier du désert, qui s'élèverait à 23 milliards de dollars pour la première année. Il dresse la liste des pays les plus lourdement touchés par les effets de la crise et du blocus : la Turquie, l'Égypte, la Jordanie et les pays de l'Est ; il désigne aussi les donateurs supposés : l'Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, les pays du Golfe.

Le 31, Javier Perez de Cuellar, secrétaire général de l'O.N.U., rencontre Tarek Aziz à Amman, non pas pour « négocier », mais pour obtenir l'application des résolutions de l'O.N.U. Réuni depuis la veille au Caire en l'absence de l'Irak, de la Jordanie, de l'O.L.P., du Yémen, du Soudan, de la Mauritanie, de l'Algérie et de la Tunisie, le Conseil ministériel de la Ligue arabe durcit sa position à l'égard de l'Irak, consacrant la division des pays arabes en deux camps.

—  Universalis



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«  1er-31 août 1990 - Crise du Golfe. Crise internationale déclenchée par l'Irak », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/evenement/1er-31-aout-1990-crise-internationale-declenchee-par-l-irak/