COPPENS YVES (1934- )

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Du Tchad à l'Éthiopie

L'opération conduite au Tchad – qui en réalité dure sept ans, de 1960 à 1966 – se solde par la découverte de plusieurs dizaines de gisements de vertébrés, du Miocène supérieur à l'Holocène, et de plusieurs centaines de gisements archéologiques. Ces travaux, qui permettent à Yves Coppens d'établir une échelle biostratigraphique pour les grands Mammifères et de reconstituer des paysages et des climats anciens, vont ouvrir la voie à la découverte, par Michel Brunet et son équipe, quelque trente ans plus tard, dans cette même région du Tchad, du premier Australopithèque du centre de l'Afrique (Australopithecus bahrelghazali), plus connu sous le nom d'Abel, puis du crâne de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), considéré comme le plus ancien hominidé.

Cette première recherche africaine lui vaut, en 1963, le prix Edmond Hebert de l'Académie des sciences. Ces expéditions au Tchad révèlent la compétence de l'homme de terrain et une remarquable capacité de synthèse ; elles attirent alors l'attention du professeur Camille Arambourg. Connu notamment pour avoir conduit la première expédition scientifique dans la basse vallée de l'Omo, en Éthiopie, en 1932-1933, ce dernier décide de faire de lui son héritier scientifique. Yves Coppens l'accompagne en 1966 en Algérie, où il part entreprendre des fouilles dans le Constantinois. Ce voyage est à l'origine de toute une série de missions et de travaux dans l'ensemble du Maghreb. Parallèlement, en 1967, Yves Coppens prend la direction de l'équipe française de l'expédition internationale de l'Omo fondée par Camille Arambourg, Louis Leakey et Francis Clark Howell. Un mois à peine après le début des recherches, la mission française découvre une mandibule d'hominidé, la première d'Éthiopie et la plus ancienne connue alors au monde puisque, avec un âge de deux millions et demi d'années, elle dépasse nettement celui du crâne découvert par Louis et Mary Leakey dans la fameuse gorge d'Olduvai en Tanzanie. L'importance et la soudaineté de cette découverte nous permettent aisément d'imaginer l'étonnement d'Yves Coppens, surtout quand on se rappelle que, trente années auparavant, Camille Arambourg n'avait pas trouvé le moindre ossement d'hominidé dans l'Omo parmi les quatre tonnes d'ossements de vertébrés qu'il y avait recueillis. Cette mandibule est décrite sous le nom nouveau de Paraustralopithecus aethiopicus en 1967.

Conscient de l'immense intérêt de la vallée de l'Omo, où affleurent plus de mille mètres de sédiments très fossilifères, datés de quatre millions d'années à la base et d'un million d'années au sommet, Yves Coppens crée, après la mort de C. Arambourg, de véritables équipes pluridisciplinaires. Il s'entoure ainsi de spécialistes venus de toutes les disciplines des sciences de la Terre et de la vie. Près de quarante chercheurs vont participer activement, au fil des années, aux expéditions conduites sur le terrain. Une centaine d'autres y seront associés comme consultants en laboratoire. L'expédition internationale de l'Omo a suscité la publication de plus de trois cents articles. Quant aux gisements eux-mêmes, ils représentent la plus belle séquence d'hominidés connue, avec la reconnaissance de deux genres et de six espèces. On y rencontre également la plus ancienne industrie, datée de trois millions d'années. Enfin, la séquence paléontologique animale et végétale de la formation de Shungura de l'Omo, soigneusement étalonnée par les datations radiométriques et paléomagnétiques, constitue actuellement un modèle de référence. Celui-ci permet de reconstituer fidèlement les événements climatiques et écologiques dont les interactions avec les hominidés pourraient être à l'origine des Australopithèques et du genre Homo.

Le succès d'une telle entreprise vaut naturellement divers honneurs à Yves Coppens. Les prix A. C. Bonnet et Jaffé de l'Académie des sciences lui sont successivement attribués en 1969 et 1974, ainsi que la médaille d'or de l'empereur Hailé Sélassié Ier (1973). En 1976, il est élu à la présidence de la Société préhistorique de France.

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Pour citer l’article

Herbert THOMAS, « COPPENS YVES (1934- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yves-coppens/