YIDDISH

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Littérature

La littérature yiddish est à l'image du peuple dont elle est l'expression. La principale caractéristique de ce peuple est son existence diasporique, celle de sa littérature est d'avoir essaimé dans le monde entier. La branche ashkénaze du peuple juif connut plusieurs centres importants, il en fut de même de la littérature yiddish. La carte littéraire de la yiddishophonie se déplaça de l'Europe de l'Ouest à l'Europe de l'Est, puis, à partir de la fin du xixe siècle, elle gagna de nouveau l'Europe occidentale, s'étendit aux États-Unis et, à un moindre degré, à Israël, non sans avoir jeté des points d'ancrage dans de multiples autres pays. La littérature yiddish est donc par nature pluricentriste. Elle est également à l'image de la langue qu'elle utilise et qu'elle élabore. Le yiddish est une des langues créées par les Juifs en Diaspora. Le plurilinguisme, une des caractéristiques essentielles du groupe, comprend trois paliers :

– L'hébreu (et l'araméen) reste une langue sacrée liturgique, savante : langue de l'unité dans la diversité juive.

– La langue du pays d'accueil répond aux besoins de contact du groupe aussi bien sur le plan matériel que culturel.

– L'élaboration des langues juives, langues de fusion (judéo-espagnol, judéo-arabe, judéo-persan, judéo-provençal, yiddish), permet d'adapter les idiomes locaux aux exigences de la vie interne.

Aucune de ces langues ne connut une durée, une diffusion et un degré d'élaboration aussi importants que le yiddish, aucune n'a donné une littérature aussi variée et aussi abondante. Celle-ci a une double orientation, ou plutôt un double enracinement, dans le domaine spécifiquement juif et dans le domaine culturel du pays d'accueil. C'est en mêlant ces deux éléments qu'elle acquiert son autonomie et son originalité. La littérature yiddish est donc, comme la langue, une littérature de contact et de fusion.

Cette situation définit l'ambivalence de son statut. L'existence d'un corpus de textes sacrés en hébreu donne d'emblée à la littérature hébraïque ses lettres de noblesse comme médium de l'expression intellectuelle. La littérature yiddish, elle, s'adressa tout d'abord aux masses juives qui n'avaient pas accès à l'hébreu, aux moins instruits, aux femmes. Elle est donc avant tout, par ses origines, une littérature populaire, même si elle acquit par la suite un haut degré d'urbanisation et de raffinement.

Comme l'origine de son lectorat, celle de l'écrivain yiddish est le plus souvent plébéienne. Il n'appartient pas à une couche sociale que son érudition constitue en caste du savoir (comme souvent pour la littérature rabbinique) ni à une catégorie sociale dégagée par la bourgeoisie (comme dans les littératures occidentales), mais à une intelligentsia, la plupart du temps autodidacte, issue des masses mêmes qu'elle se donne pour mission d'éduquer. Le statut de l'écrivain yiddish est donc particulier : il est à la fois partie intégrante du peuple et son guide spirituel, ce qui explique l'immédiateté du rapport, la connivence, la complicité entre lecteur et auteur (sauf pour les dernières générations déjà occidentalisées).

Le génocide nazi, en exterminant six millions de Juifs, anéantit la plus grande partie du lectorat et des écrivains yiddish en Europe, bouleversant les données qui viennent d'être posées.

La littérature yiddish ancienne

Les communautés juives établies dans la vallée du Rhin depuis l'époque romaine avaient forgé comme langue véhiculaire le yiddish, mélange de moyen haut allemand et d'hébreu-araméen : leur existence relativement prospère fut ébranlée à partir des premières croisades, mais essentiellement après l'épidémie de la peste noire (1348). Ce fut l'origine de nouvelles migrations vers l'Italie du Nord, la France, la Bohême, et surtout la Pologne où, à partir de 1551, le privilège d'une juridiction autonome fut accordé aux Juifs. Ainsi l'Europe orientale devenait le centre le plus important de la vie juive.

Cependant, la littérature yiddish, née dans les communautés rhénanes, continua pendant plusieurs siècles à se développer dans les pays et les dialectes de l'Europe de l'Ouest. Marquée par les échanges entre la tradition sacrée juive et le monde chrétien environnant, elle s'organise, selon la critique classique, en deux grands ensembles.

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Écrit par :

  • : professeur des Universités
  • : maître de conférences de langue et littérature yiddish à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Pour citer l’article

Rachel ERTEL, Yitzhok NIBORSKI, « YIDDISH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yiddish/