XÉNOGREFFES

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Le devenir des xénogreffons

Le fait que des xénogreffes soient possibles ne lève cependant pas toutes les difficultés. Il faut en effet se demander si les organes greffés seront réellement fiables et sans danger et si leur implantation est humainement acceptable par les patients.

Le fonctionnement des xénogreffons. La première question que l'on se pose bien évidemment est celle de savoir dans quelle mesure une cellule ou un organe étranger peuvent remplir les fonctions que l'on attend d'eux chez un patient. La compatibilité fonctionnelle entre les cellules et des organes de porcs et les cellules humaines est en réalité largement inconnue. Elle est variable selon l'organe concerné. Il est admis qu'un cœur de porc devrait fonctionner sans difficulté particulière chez un hôte humain. La situation devrait être plus complexe avec le rein, et peut-être non maîtrisable avec le foie. Ce dernier assure en effet dans l'organisme un très grand nombre de fonctions qui sont soumises à des régulations complexes, et en partie spécifiques de chaque espèce. Le foie des porcs à l'état d'organe ou de cellules isolées intra- ou extracorporelles pourrait par contre être utilisé de manière transitoire.

Le risque de transmission d'agents pathogènes. La transmission d'agents pathogènes du xénogreffon à un hôte est un risque bien réel, mais qu'on ne doit pas considérer comme un obstacle infranchissable. Il est admis que les conditions d'élevage permettant d'obtenir des porcs indemnes de germes pathogènes « classiques » sont connues. Elles peuvent être appliquées à relativement grande échelle et à un coût raisonnable. En revanche, il est bien connu que le génome des animaux contient des séquences de rétrovirus intégrées de manière définitive. La plupart de ces séquences ont été inactivées, mais quelques-unes donnent lieu à la synthèse de rétrovirus fonctionnels. Chez le porc, au moins deux rétrovirus sont ainsi présents, mais ne sont pas responsables de pathologie connue chez cet animal. Ils sont par contre transmissibles aux cellules humaines cultivées dans des conditions expérimentales favorables. Toutes les souches de porcs semblent posséder des séquences rétrovirales. Il est concevable toutefois de retenir des souches et surtout des individus qui ne sécrètent que très peu ou pas de particules virales. Ce contexte autorise à tenter quelques xénogreffes porc-homme, Mais une surveillance intense et prolongée des patients est toutefois requise. Elle est d'autant plus nécessaire qu'une pathologie nouvelle induite par un rétrovirus porcin adapté pourrait concerner non seulement les patients greffés mais l'ensemble de l'espèce humaine. Actuellement, un moratoire demandé par le Conseil de l'Europe interdit les essais de xénogreffes chez l'homme tout en permettant la poursuite des expérimentations animales.

L'acceptabilité des xénogreffes. Selon des études réalisées dans différents pays, la xénogreffe n'est pas une thérapie considérée d'emblée comme admissible. Les réticences ont des origines multiples. L'idée de mélanger les animaux et l'homme paraît monstrueuse à certains. Ils oublient les bienfaits couramment apportés par les greffes de valves cardiaques d'origine ovine ou porcine. Cette réticence semble reposer pour une bonne part sur une mauvaise perception de ce qu'est un organisme vivant. La greffe contribue à imposer l'idée que les organismes vivants sont des entités ayant un caractère mécanique dominant. Cette notion, familière pour les biologistes et les médecins, n'est pas encore aisément admissible par tous.

Le fait que le porc soit l'espèce actuellement retenue par les chirurgiens transplanteurs d'organes pose des problèmes plus spécifiques. Le porc a, dans l'imaginaire humain, une image forte et complexe. Il est à la fois familier, apprécié et en même temps symbole de la souillure aussi bien physique que morale. Plusieurs communautés religieuses l'ont depuis longtemps banni de leur table.

Bien entendu, il doit être tenu compte de ces réalités culturelles. Une pédagogie est nécessaire. Elle est en cours. On peut penser que la xénogreffe s'imposera d'elle-même à partir du moment où les bienfaits thérapeutiques apparaîtront incontestables et que le coût des interventions sera devenu acceptable.

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Écrit par :

  • : directeur de recherche, unité de biologie du développement et reproduction, Institut national de la recherche agronomique

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Pour citer l’article

Louis-Marie HOUDEBINE, « XÉNOGREFFES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/xenogreffes/